The rule for five ….

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Je sens mes pas sur les pavés,

Je monte les marches qui ramènent vers le parc deux par deux

Cette liberté, que me donne une vie sans cigarette, me remplit les poumons et je monte les marches plus vite.

Le Mont-royal se mérite, les montées en virage s’enchainent et je concentre mon attention sur mes pas.

Un deux trois, je tourne

Un deux trois, je tourne

Mon souffle s’accélère

J’aime l’effet de la course sur ma tête…ça la vide

L’espace d’une heure, plus rien n’existe, je ne suis qu’enchainement de pas de course…je ne suis qu’ »un deux trois, tourne »

La terre sous mes pieds se fait de plus en plus plate … Je ralentis le rythme pour mieux respirer.

La chanson du 5ème km se déclenche

« One two three one two three drink »

Les images inondent ma tête

« One two three one two three drink »

Je vois Caroline dans mon salon, un dimanche matin en pleurs.

« One two three one two three drink »

Je vois Céline dans ma cuisine une clope à la main, le regard perdu.

« One two three one two three drink »

Je vois Zineb s’éloigner dans un taxi parisien à 3h du matin

« One two three one two three drink »

Je vois Yassar, danser, un whisky dans la main, le regard « protecteur » posé sur moi

« One two three one two three drink »

Ils sont tous là, dans ma tête… Tous d’un coup

À chaque battement de cil une image me revient

À chaque pas, un mot, une phrase, un souvenir, un sourire .. Un « faux » sourire me revient …

« One two three one two three drink »

J’accélère, comme pour les chasser tous de mon esprit …

Mon rythme cardiaque monte, et d’autres têtes, d’autres souvenirs, d’autres sourires et d’autres « faux « sourires émergent …

 

Ces visages ont tous un point commun…un seul … se sont les visages de gens que j’ai aimé…avec plus ou moins de force et d’intensité mais je les ai tous aimés… ils ont tous fait partie de ma vie …

Et aujourd’hui, ils n’y sont plus …

Partis, évaporés… Ils ne me restent d’eux que des souvenirs …

 

Rien de particulièrement « grave » n’est arrivé … ils sont juste « sortis » de ma vie … Et je ne les ai pas retenus …

Les paysages d’automne autour de moi m’offrent une « pause », je me remplis les poumons d’oxygène, comme si l’air de mes poumons chasserait ses idées de ma tête …

Un couple se tient la main et regarde le lac …

Je pense à ce moment où l’on passe de se tenir la main, et ne plus se parler …

Je pense à ce moment où nos amis deviennent des étrangers

Je pense à ce moment où nos amours deviennent … Le néant …

N’avons nous pas tenu la main sincèrement ?

Avons-nous vraiment connu nos amis ?

Avons-nous vraiment aimé ?

 

Je pense à ce moment où on passe d’un agenda super chargé, à des samedis soirs libres … et je pense surtout à ce moment, où on réalise que les gens ne nous manquent pas … ce moment particulier où on réalise que l’absence ou la présence d’un être … et bien c’est la même chose … ce moment libérateur et terrifiant …

Libérateur parce qu’on réalise que nous n’avons pas besoin des « gens » pour bien dormir la nuit…

Terrifiant parce qu’on se demande si on est bien « constitué » pour laisser partir aussi facilement des gens qui comptent …

 

Un petit rayon de soleil se fraye son chemin entre les arbres du Mont Royal, je vois mon saint graal, je suis proche du sommet, encore une bonne pente … je me concentre sur mes pas, et à chaque pas l’angoisse monte …

Ces petites têtes, et ces petits souvenirs, ces sourires et ces « faux » sourires n’ont pas qu’un seul point commun…ils en ont un deuxième : MOI

Et si j’avais rendu les gens « jetables » ? Et si c’était moi qui n’étais pas sincère dans mes relations ? Ça serait ça la seule explication à mon « détachement »

Mon cœur s’emballe … Par l’effort de la course ou par le poids de la question dérangeante

Je suis en haut du mont , Montréal se réveille sous mes yeux …. J’enlève mon casque pour sentir l’air sur mes oreilles, j’ouvre grand les bras et je respire

Je regarde la ville, ses bâtiments , ses arbres jaunis , ses belles maisons

Je regarde la ville, un long moment, je respire l’air frais , je le laisse inonder mes poumons

La question dérangeante se fait de moins en moins pressante , et je souris …

Je souris, parce qu’au sommet du Mont Royal j’ai retrouvé ma réponse.

Ma réponse qui était là, à Montréal depuis plus d’un an …

Je souris

Je ferme les yeux , et je me vois, en combinaison noire, veste de tailleur noire, perchée sur 10cm , assise à une terrasse en bord du Saint Laurent , en face de moi , Charles , tiré à quatre épingles, un Punch dans la main

- La règle est simple dans la vie très chère, je l’ai appelé la « règle des 5″. Une fois que tu as défini, ou plutôt trouvé tes 5 « piliers », les autres, le « reste » ne sont que « connaissances », des gens qui viennent enrichir nos vie d’une certaine manière, et qui la quitte un jour … contrairement aux « 5″ ils ne sont pas là pour nous accompagner tout au long, ce n’est pas leur « job », il ne faut donc pas attendre cela de leur part

- Que 5 ? Je trouve cela très restrictif voyons !!

- 5, 10, 20 à chacun de voir combien il met dans sa « règle », mais ce n’est pas forcement un « choix » personnel, ça dépend vraiment de qui on a la chance de « trouver » !

- Comment tu sais qu’une personne fait partie de la « règle » ?

- Tu le sais c’est tout … souvent c’est celle qui t’offre de dormir sur son canapé, qui te fait le petit dej le matin, te serre un verre de scotch le soir, et ne te demande pas pourquoi tu refuses de te lever, et ne te demande pas « qui a quitté l’autre » parce que les détails ne l’intéressent pas, ce qui l’intéresse c’est ton bien être ! Et crois moi en trouver dix comme ça… moi je doute fort !

Et il a tourné son cigare pour l’allumer sous mes yeux, et m’a donné le sourire de l’homme qui a trouvé !

Une fois que nous avons nos « 5″, la vie est beaucoup plus facile, on ne retient plus les « autres », on les laisse partir, on ne garde pas de rancœur, on ne garde que les beaux souvenirs, le reste est sans importance, ce qui est vraiment important c’est qu’avons nous appris de « ses passages » ?

J’ouvre mes yeux, et je souris à ce jour qui se lève sur Montréal… Le sourire de la femme qui a trouvé …

Je me retourne pour regarder mon chemin de retour, et je me dis que la meilleure partie de la pente, n’est pas toujours celle qu’on croit.

Une marocaine à Montréal

1 Comment

  • Répondre décembre 2, 2014

    Majda

    I LOVE YOU! I think you understand me more than I understand myself!! <3 keep up the good work!

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