Silent HELL

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Ma voix s’étouffe dans ma gorge , sa main sur ma bouche n’y changera rien, mon cri il ne saura le contenir..

Il me suivra à jamais, et ni sa main ni ses menaces n’arriveront à étouffer ce cri… mais il ne sortira jamais , parce que c’est moi qui l’étouffe, je refuse qu’il sorte, parce que crier , c’est avouer …

Sa main libre parcourt mon corps, à la recherche de seins que je n’ai pas  ,  sa main contre ma bouche se fait plus agressive, je mords cette main , et ça le rend plus fou .

Je ferme les yeux , et je prie , je prie pour une délivrance, je prie qu’un tremblement de terre secoue la ville et l’arrête , qu’un ange descende du ciel et l’éloigne de moi, je prie qu’une main vienne enlever cette main de ma bouche, je prie pour que le cri sorte .. mais le cri m’étouffe

IL m’étouffe , me murmure à l’oreille si j’aime ça, me dit que je suis douce , que je suis SA douce ….son haleine est sale, son souffle est répugnant , je sais qu’il a bientôt fini, parce que ce souffle j’ai appris à le connaitre, c’est le souffle de ma délivrance , je sais que la gifle suivra après, je l’encaisse , comme j’encaisse le reste , je sais que ce n’est pas moi qu’il gifle , c’est son reflet dans mes yeux qui le dérange , et me gifler , c’est me fermer les yeux …. un instant ….

Je ne dis rien, je ne dis jamais rien, parce que « dire » c’est avouer …

Cette petite fille au fond de moi a appris à « la fermer », comme il lui a dit de le faire, il m’a dit que c’est comme mon histoire avec le chien, s’il m’a mordu , c’est parce que je l’ai provoqué ..

Je restais souvent, cachée sous une couverture, figée, sans larmes, sans cris, sans mouvement …. une seule question résonnait dans ma tête encore et encore à me rendre folle: Va-t-il revenir ?

Petites, on nous dit à quoi ressemblent les monstres, par des contes des grands mères , par des récits précis de comment ils sont sombres, et comment ils nous glacent le sang, on ne nous dit jamais que le monstre peut être un homme vêtu de blanc qui t’assoie sur ses genoux pour te raconter un conte, on ne nous apprend pas à nous défendre contre le monstre « blanc » , parce que le monstre blanc n’existe pas .

Je n’ai rien dit , j’ai porté le monstre en moi, avec moi …. dans une partie de ma mémoire , avec le temps j’ai appris à le cacher, je l’ai noyé , et jeté les clés quelque part où je ne saurai les retrouver , je refusais que ce monstre me définisse , je refusais d’être la femme qui a subit, je ne crie pas, parce que crier c’est avouer, parler c’est dire que c’est arrivé , et raconter c’est revivre les scènes, c’est ressentir l’odeur répugnante , c’est « écouter » ce souffle de « délivrance » , et je savais que recouvrir cette partie de ma mémoire c’est réouvrir les portes de mon enfer ,  J’étouffe donc ce cri de la petite fille , et je trace ma vie.

Assise devant mon écran, aujourd’hui, dans ma vie de femme , je lis cette « information » , ça me glace le sang , et je reste figée, dieu sait combien de temps , à lire et relire les mêmes phrases , l’histoire de ce directeur d’école qui a violé des petites filles d’un orphelinat de Rabat , et je relis toujours la même phrase : Une fille a brisé le silence et a parlé !

Une fille a brisé le silence et a tout raconté

J’ai envie de la retrouver et de la prendre dans mes bras, comme si je ME prenais dans les bras, lui dire que je sais qu’il faut PLUS que du courage pour ne pas s’étouffer, mais qu’elle a fait le plus dur : Laisser sortir le cri …

Que mine de rien, ce cri qui est sorti est son cri libérateur, celui qui hurle la peine, la haine, la souffrance, l’incompréhension, celui d’un enfant qui ne sait pas pourquoi il subit ce qu’il subit, celui d’un enfant qui se trouve sale… celui d’un enfant qui se sent seul… et croyez moi, rien n’est plus dur pour un enfant que l’abandon ….

Abuser d’un enfant , c’est prendre son âme , c’est le marquer à vie,comme on marque des chevaux, c’est le tatouer avec ce tatouage de la souffrance , invisible à d’autres que lui…..

Peut être que ce qu’il faut qu’on apprenne à nos enfants , ce n’est pas seulement de faire la différence entre le monstre et le bon, peut être que ce qu’il faut qu’on apprenne à nos enfants , c’est crier quand ça fait mal, ne pas s’étouffer avec son cri sous le poids du Hchouma , du 3aybe et du 3ar.

Ces jeunes filles étaient livrées à elles-mêmes , et à la tutelle de l’Etat , j’ai envie de leur dire que quand ça les prendra de s’en vouloir, quand ça les prendra de se dire que si le chien a mordu c’est parce qu’elles l’ont provoqué, qu’elles sachent que ce n’est pas de leur faute, ce n’est pas de leur faute si elles sont tombés sous les griffes d’un monstre sans valeurs, sans coeur ni morale  , c’est la faute à tous ceux qui ne les ont pas protégé , c’est la faute à la société qui n’a jamais « assumé » ce « tabou » , c’est la faute à celles qui ont étouffé leurs cris avant elles …

A ceux qui ferment les yeux , et les oreilles, le crie vous étouffera un jour

A ceux qui n’ont pas protégé un enfant un jour  , son cri vous étouffera un jour

A ceux qui ont refusé de voir, de croire…. vous porterez sur vos épaules et vos coeurs un poids qui finira par vous étouffer

A ceux qui disent qu’un enfant abusé est un « menteur », je prie pour que personne ne vous mette une main sur la bouche ….

A ceux qui ont mis une main sur la bouche d’un enfant pour étouffer son cri et assouvir leurs besoins les plus bestiaux , je vous méprise !

A ceux et celles qui ont brisé le silence , par votre geste vous avez donné le courage aux victimes à venir, et un coup d’éveil aux victimes passées, et pour cela , je vous salut !

Une marocaine révoltée

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