Seule dans la foule !

aelaira-stone

La fumée des cigarettes me faisait mal aux yeux, mal à la gorge, mais j’inhalais … comme un mal que je m’infligeais, comme si mon mal si profond n’était pas physique mais que la cigarette m’ « aidait » à le matérialiser, ce mal dans mes poumons j’ai appris à l’ignorer, fumer c’est « chic », je tire une énième taffe, je regarde autour de moi….

Ce bar Casablancais blindé un samedi soir, ce groupe qui met l’ambiance, visiblement pour les autres, et non pour moi … mon ami qui danse un verre de whisky à la main, son corps crie le bonheur, ses yeux crient la douleur … je lui souris, comme pour lui dire que je ne vois rien d’autre que le langage de son corps, parfois feindre, c’est aimer …

Les gens dansent, se prennent dans les bras …. Décidément l’alcool est parfois « amour » …

Je regarde tous ces gens autour de moi, à travers la fumée, je m’enfonce dans ce divan, regarde cette belle femme à la guitare, ce vieux monsieur seul à table avec sa bouteille de Jack, ce groupe de filles au bar le regard « chasseur » à la recherche d’un homme pour payer la tournée, cet homme qui n’est pas à sa place mais qui s’est laissé entraîner par des amis pour se la jouer « cool » ….

Je regarde mes amis swinguer sur un vieux rock , ils m’invitent à les rejoindre je fais non de la tête … une fille chic ne danse pas … en vrai, j’avais peur que mon corps ne trahisse mon état d’esprit ….

Cette scène je la connais par cœur, le cadre change, les gens sont les mêmes , l’esprit, s’il y’en avait un … reste le même … on a besoin de fumer pour « matérialiser » le mal, on a besoin de boire pour rendre « l’autre » plus intéressant, rendre la soirée moins pénible ….

Cette scène je la connais par cœur, pour l’avoir vécu tellement de fois, dans les nuits froides parisiennes, dans les soirées des roof top New Yorkais , dans les fêtes d’anniversaire à la Vodka , les soirs de Networking, les vernissages au Ruinart, les pendaisons de crémaillères dans le 16éme…

Cette scène je la connais par cœur, et je me demande pourquoi je continue à me la repasser ? comme un vieux film qu’on déteste mais qu’on s’impose, parce que tout le monde l’a vu, et que ne pas le voir c’est être un « outsider », et une fille chic n’est pas « outsider », elle se plie dans les rangs, réchauffe les nuits froides parisiennes, anime les soirées des roof top New Yorkais, pense au BON cadeau des fêtes d’anniversaire à la vodka , serrent les mains dans les vernissages au Ruinart , reste jusqu’au petit matin des pendaisons de crémaillères dans le 16éme…

Je regarde ma copine qui a fini par s’assoupir sur le divan, et comme si elle avait ressenti mon regard posé sur elle, ouvre grand les yeux, me fixe avec ce regard profond et doux qu’elle a et me dit comme dans un souffle : ça t’arrive d’être au milieu d’une foule, et de te sentir seule Leila ?

Je pose un baiser sur son front, la regarde droit dans les yeux et dis : Tout le temps.

Et comme si mon cœur avait besoin d’entendre cette vérité sortir de ma bouche, il s’emballa, explosa de tristesse et de solitude, la scène que je connaissais si bien devenait plus claire à mes yeux : ce n’était qu’un théâtre de ma propre solitude, et moi j’étais déguisée en femme chic qui s’en foutait, ce rôle je l’ai joué si souvent, si bien que je l’ai adopté ….

Une main se pose sur mon épaule, je m’y accroche, je me retourne pour le regarder, il me sourit, je serre la main plus fort et pose la tête sur son bras sans lâcher cette main salvatrice ….

Je m’arroche à cette main comme un enfant s’accroche à celle de sa mère le jour d’une rentrée scolaire. …

Et je pense que parfois l’amour est une main qui se pose sur nous, un samedi soir, dans un bar Casablancais enfumé de Marlboro rouge , comme pour nous rappeler que ce qu’on cherche n’est pas forcement là où on le cherche , comme pour nous rappeler que parfois ce qu’on cherche , finit par nous trouver .

Une marocaine « chic »

4 Comments

  • Répondre avril 18, 2014

    Thalie

    Ton texte est frappant de vérité ! Merci de l’avoir partagé . On se sent du coup un peu moins seule !

  • Répondre avril 25, 2014

    beti

    Trop vrai!! la vie est une pièce de théâtre ;)

  • Répondre mai 1, 2014

    moons

    Une petite correction, une pondaison de crémaillère dans le 16eme me parait être un évènement bien inédit. Mise à part si certains nouveaux évènment mondains parisiens m’échappent je pense qu’il s’agissait d’une pendaison de crémaillère dans ton récit.
    Bonne continuation

    • Répondre mai 1, 2014

      Leila

      Merci!!! quand on se mettra un pondre des gens dans le 16eme … :)

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