La pyramide de papa…

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Répondre…répondre à des questions…et jamais en poser. Voici ce que nous avons appris à faire tout au long de notre vie. A force, nous avons dû développer la maladie de la réponse….Tous.La preuve? quand vous regardez une émission, comme « Qui veut gagner des millions », dès que vous entendez une question vous essayez de répondre ou de deviner la réponse. N’est ce pas? vous vous êtes déjà posé la question: pourquoi? vous n’allez pas gagner, mais vous aimez répondre à ces questions qui ne servent à rien (Cela te rendrait-il plus intelligent de connaitre l’identité du premier qui a pensé qu’on réfléchit mieux en se grattant les c…?). Souvent vous ne connaissez pas la réponse, mais vous dites quand même « C’est la D, la D ». n’est-il pas plus instructif d’attendre sagement d’écouter la réponse? et bien, félicitations! vous êtes atteints de la maladie de la réponse.
Enfin, nous sommes tous atteints de la maladie de la réponse! Je le suis aussi! rien que la semaine dernière, j’ai entendu une question, ou je l’ai plutôt lue, sur ce même blog. Notre Leila nationale posait la question sur la définition de l’amour…MA définition de l’amour. En grand malade que je suis, dès que j’ai vu le point d’interrogation mon cerveau s’est mis automatiquement à chercher une réponse…sans succès! j’ai été touché dans mon orgueil de répondeur malade.
J’ai repassé dans ma tête tous les films d’amour que j’ai pu regarder dans ma vie, de Farid Al atrach à Rocco Sifredi…Rien, Nada, Walou.
Mais sans panique, cool Abdoul, il y a toujours cette maxime qui m’a servie de ligne de conduite dans ma vie et que j’ai empruntée à nos amis Bouddhistes, je cite « Quand tu n’as pas la réponse à une question, ne la cherches pas, essaies de t’en rappeler! ». je me suis mis donc à surfer dans mes souvenirs, mes expériences, celles de mes proches et mes amis, des discussions sur le sujet que j’ai pu avoir avec des gens…allant de Mustapha le gardien de voitures à feu Omar le client fidèle du bar où j’ai bossé, en passant par la prostituée au bois dormant qui attendait que son faux prince vienne ne pas l’embrasser pour qu’elle ne se réveille jamais.
Mais comme à chaque fois, à chaque question, ce voyage dans les souvenirs me conduit à une seule personne, un seul homme, celui qui n’a jamais vu d’école mais qui a une particularité digne des plus grands penseurs : Il répond à une question par 167 894 autres questions, en finissant ces phrases par « Tu le sauras quand tu seras grand ». Cet homme c’était mon père.
Mon père aimait beaucoup me parler comme un vieux, c’était sa façon de me préparer à prendre la relève. Et moi j’aimais poser des questions très gênantes comme « papa, comment on fait des enfants? », « papa, si j’embrasse Hind la fille des voisins, est ce qu’elle peut tomber enceinte? » ou bien « Papa, est ce que tu seras fâché si tu apprends que je me suis battu? ». D’ailleurs, sa réponse à cette dernière question c’était « Si j’apprends que tu t’es battu avec quelqu’un, tu as intérêt à ce que ce soit toi qui l’ai défoncé et pas l’inverse » je vous laisse imaginer les réponses aux autres questions.
Bref, revenons à nos cochons (intégration oblige), un jour, à l’âge de 11 ans, en revenant de chez Hind la voisine après avoir tenté de répondre à l’une de mes questions, j’ai trouvé mon père allongé sur son lit, je me suis mis à coté de sa tête et je lui ai dit:

- Papa, la mère de Hind nous a raconté comment elle avait rencontré son mari, c’était une grande histoire d’amour. Et jusqu’à aujourd’hui, ils s’aiment comme des fous.

Mon père, qui n’acceptait surtout pas que je le compare au père de Hind car il trouvait qu’il manquait de virilité, m’a répondu:
- Fou, oui cet homme est fou, c’est la seule chose vraie dans ce que tu viens de dire.

- Oui Papa, mais toi et ma mère, vous vous aimez?

- Avec ta mère, on est heureux! nous n’avons pas besoin d’être fous. Et j’espère que tu ne seras jamais fou mon fils.

Insistant, et pas du tout satisfait par cette non réponse, je reformule ma question:
- Mais papa, est ce que tu aimes ma mère ?Mon père, agacé par cette question, s’assoit et me regarde trop longuement. Mais en voyant que j’ai peur, il sourit et me dit:
- D’accord, tu veux parler d’amour? parlons-en, mais dis moi d’abord, est ce que tu aimes quelqu’un?
- Oui, Hind.

Et à l’école j’aime Karima et Meriem (d’ailleurs j’ai revu cette Meriem dernièrement, et j’ai compris que lorsqu’on était gamins, notre goût était influencé par les dessins animés).
- (rires) Tu aimes toutes ces filles à la fois? et bien tu es bien le fils de ton père (rire encore…oui je le faisais rire, vous êtes jaloux?). Écoutes mon fils, je te l’ai déjà dit, dans cette vie, le plus important c’est d’être heureux, et le bonheur ce n’est pas une science exacte. et jusqu’à preuve du contraire, ces fous de voisins ne sont pas plus heureux que ta maman et moi. toi qui vas toujours chez eux, dieu sait pourquoi, à ton avis, qui est la plus heureuse? la mère de Hind ou ta mère?
- Ma mère bien sûr, tu ne l’as jamais fait pleurer, alors que les parents de Hind s’engueulent tout le temps et sa mère finit toujours par pleurer.
- Iwa a Bou9al, pourquoi tu donnes tant d’importance à cette chose appelée amour et qui est inventée de toutes pièces par des malheureux comme la mère de Hind dans le but de donner sens à leur malheur. Écoutes mon fils, si jamais tu choisis de te marier avec une fille seulement parce que tu l’aimes, c’est que tu n’as rien compris à la vie. L’amour ce n’est pas le plus important, ou en tout cas ce n’est pas ce qui te rendra heureux.

- Si je ne me marie pas par amour, quel est le critère alors?
- (Soupire comme pour me dire que je commence à lui casser les c…) Écoutes mon fils, je ne sais pas si tu vas comprendre ce que je vais te dire, mais j’essaierai quand même. Tout être humain, quelque soit sa nationalité, son sexe, son éducation ou sa classe sociale cherche une seule chose. On cherche tous la même chose. certains l’appellent amour, d’autres l’appellent argent, d’autres l’appellent respect, et d’autres encore l’appellent respect de la religion. mais en réalité cela se résume à la même chose : la sécurité.

Quand une femme se marie pour l’argent, elle cherche à se mettre à l’abri, elle cherche la sécurité. La mère de Hind se sent en sécurité car elle est convaincue que son mari l’aime et ne la quittera jamais, car l’amour la rendrait irremplaçable car incomparable, la sécurité s’est traduite chez elle par l’amour. Ces hommes qui vont chercher avant tout des femmes religieuses sont convaincus que ces femmes ne les tromperont jamais et leurs seront obéissantes et les suivront partout, cela aussi c’est de la sécurité.

- Et toi papa? Toi aussi tu as cherché la sécurité en choisissant maman?
- (fous rires) Tu ne lâches rien toi…Oui si tu veux, c’est de la sécurité. comment t’expliquer? Heuu..Tu sais? Je ne sais pas si ta mère m’aime ou pas, en tout cas, elle pourra me dire tous les jours qu’elle m’aime et je ne saurais jamais si c’est vrai ou pas. Mais il y a une chose dont je suis sûr : Si jamais il m’arrive un malheur, que je perde un bras, ou que je sois dans la rue, ta maman sera là. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas hamdoullah. Je fais tout pour elle…pour vous, car je suis convaincu que je ne le regretterais jamais, que je pourrais donner ma vie à ta mère et qu’elle me le rendrait bien. Je ne fais pas d’elle une princesse parce que je l’aime, mais parce que je ne pourrais pas être roi sans que ma femme ne soit princesse.
Ce jour-là, j’ai appris beaucoup de choses, et la première est que mon père était fou amoureux de ma mère mais que son éducation et son coté macho l’empêchait de le montrer. J’ai compris aussi que la nature des relations entre les humains est guidé par la même loi que celle du marché, on attend toujours une contre partie dans un souci de commerce équitable. on dit « je t’aime », et on attend de l’entendre en contre partie. Aimer n’est-il pas suffisant? donner à qui on aime n’est-il pas suffisant?

Mon père est parti avant de voir si j’ai fait le choix qu’il aurait aimé que je fasse. J’ai passé ma vie à vouloir démontrer qu’il avait tort que ce soit sur ce sujet ou sur d’autres. Et un jour j’ai découvert la pyramide de Maslow et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon père, lui qui ne la connaissait sûrement pas. mon père ne connaissait pas la théorie de la motivation mais avait sa propre théorie de la motivation dans le mariage. il ne connaissait pas la hiérarchie des besoins mais avait défini la sienne et comme par hasard les deux pyramides (oui mon père a sa pyramide) définissent le besoin principal et premier (après les besoins physiologiques que nous partageons avec les animaux) et c’est encore une fois ce mot magique: La sécurité.

J’ai compris que mon père n’avait pas forcément raison mais n’avait pas totalement tort (selon cette théorie qui vaut ce qu’elle vaut), la sécurité d’abord et puis viennent : le besoin d’appartenance, besoin d’estime et en dernier le besoin de s’épanouir.

Peut être que la question que mon père aurait voulu me poser c’est: comment veux tu être épanoui avec la personne que tu aimes si tu ne te sens pas en sécurité avec elle? comment peux tu te sentir estimé par la personne que tu aimes si tu ne te sens pas en sécurité avec elle?

Aujourd’hui, je n’ai pas (encore) trouvé l’amour mais j’espère un jour trouver la sécurité avec quelqu’un, sinon m’épanouir seul.

Zed !

2 Comments

  • Répondre septembre 30, 2013

    Hajar anabari

    Jadooooore! Après une journée de cours c’est reposant

  • Répondre avril 13, 2014

    Ilias KHALLAF

    Et hop !! Les fautes d’orthographe disparaissent :p

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