Lettre d’un playboy à la retraite

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Avant, plusieurs de mes copines, devenues amies à la suite de mes tentatives ratées d’en faire des conquêtes, me disaient parfois : « t’es un vrai rapace, un chacal toi ». Il faut bien l’avouer, sans se la raconter, que j’ai (bien) vécu ma jeunesse!! Aujourd’hui rangé et pas encore marié (mesdemoiselles si vous êtes intéressées…), j’ai voulu raconter ma dernière histoire marquante!

Ces mêmes précieuses copines (les gars entourez vous d’elles…) qui me parlaient cash n’hésitaient pourtant pas à me présenter les leurs. Pourquoi faisaient-elles ça? Pourquoi envoyaient-elles leurs propres copines dans « la gueule du loup », moi qui n’avais pas l’intention de me poser? (On pourrait en écrire des pages sur ce phénomène).

L’une de ces copines, Wiam, était une ex avec qui j’avais déjà eu une histoire un été. Fait rare, nous étions restés amis :

- « J’ai une fille à te présenter, vous iriez super bien ensemble… »

- Moi (sous le charme) : « ah bon c’est génial ça, et… elle est comment ? » (Physiquement parlant)

- « C’est une fille bien, attention ne sois pas un salop avec elle » (autrement dit, ce que je comprenais: elle cherche du sérieux!)

- « T’inquiète pas pour ça, sinon elle est comment… ? » (Physiquement parlant)

- « C’est une petite bombe, tu verras je te montrerai sa photo sur facebook  »

- « A vos ordres mademoiselle, rassure toi je ferai bien attention, tu me connais… » (euh… à demi convaincu)

Wiam connaissait donc bien le produit (moi) qu’il fallait placer (trouver le match), ce qui rendait d’autant plus facile la fidélisation de la belle Dounia que je n’allais pas tarder à rencontrer.

La rencontre allait vite confirmer les premières paroles de Wiam. Dounia correspondait en tout point à mon idéal féminin : pétillante, charmante, intelligente, elle dégageait un attrait angélique avec ses longs cheveux noirs, ses yeux en forme de noisette et de ravissantes fossettes qui se formaient autour de son sourire, le tout avec une certaine réserve qui me séduit en quelques instants.Le pont levis menant à mon coeur était déjà baissé grâce à Wiam, maintenant c’est toute la garde y menant qui déclarait de concert : « Entrez mademoiselle, vous êtes la bienvenue. » Ils auraient du ajouter : « Faite bien attention où vous mettez les pieds. »

Du temps s’est écoulé avant de se revoir. Je pensais à elle et lui envoyait des messages bien calibrés pour lui démontrer mon intérêt (pull) tout en lui signifiant que j’étais un rebelle qui aimait profiter de la vie (push). Croyez-moi les femmes sont attirées par le mystère imprévisible, ce qui peut vous faire faire des choses complètement contre-intuitives (ou pas) et passer pour un macho. A ce jeu les meilleurs sont ceux qui en ont fait une seconde nature. La séduction de Dounia obéissait ainsi aux quelques principes énoncés par Zed dans son premier post sur ce blog.

J’étais heureux de voir que ces techniques allaient enfin pouvoir me permettre de trouver l’Amour. Au fil des mois je réussissais donc à susciter son intérêt, quand enfin tout s’est accéléré un printemps à Paris… the charm of spring… (Ecoutez vite le duo de L.Armstrong et B.Holiday April in Paris). J’avais enfin atteint mon objectif! Je voulais qu’elle m’appartienne et j’avais réussi, elle devenait MA princesse, et au bout de quelques jours passés ensemble je tombais littéralement amoureux… complètement gaga (quelqu’un pourrait un jour m’expliquer pourquoi on parle de tomber et pas de monter amoureux???).

 

Chères lectrices, sachez qu’avec un peu de pratique et de connaissances, séduire est quelque chose d’assez simple au fond. Le plus difficile en réalité c’est d’aimer, car personne ne nous l’apprend, c’est la vie qui s’en charge souvent….

 

Après la phase de cristallisation, cette opération de l’esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l’objet aimé a de nouvelles perfections, où on trouve que tout est beau et parfait dans le monde des Bisounours, intervient la seconde cristallisation où le doute naissant est compensé par un sentiment d’amour partagé. Je trouvais tous ses désirs (capricieux souvent) charmants et mon âme virevoltait au gré de ses humeurs. Son style maniéré me désemparait et faisait danser le chacha à mon coeur transi de playboy. Je minimisais les disputes qui n’ont pas tarder à être de plus en plus fréquentes et que je balayais d’un revers de main, convaincu que tout cela faisait partie de l’amour (je me trompais évidemment). Puis la distance n’arrangeait rien, et mon passif de séducteur en série dont Dounia n’ignorait pas l’existence la rendait suspicieuse. Pendant plus d’un an notre relation évoluait au rythme des miles que nous parcourions pour se voir et des heures passées au téléphone à se raconter nos vies en décalage horaire. Au fil des mois, sans vraiment m’en rendre compte, ma transformation avait eu lieu et le renard s’était transformé en mouton; soit le pire qui pouvait arriver à un dragueur : j’avais été domestiqué! Un mot de sa part et j’aurais fait des folies pour ses beaux yeux. N’en pouvant plus de cette situation, au bout d’un an je prenais la décision de la rejoindre. Quand j’y repense je réalise que c’était insensé. Jamais je n’aurais cru pouvoir tout plaquer pour une fille. J’avais la mentalité du macho où c’était à la fille de suivre son homme, jamais le contraire. Ceci aurait été un aveu de faiblesse, et un homme (un vrai) ne doit jamais montrer sa fragilité.. Bêtises!! La maturité c’est justement pouvoir assumer sa part d’humanité, donc de faiblesse!

Après avoir fait mes bagages en hâte je prenais précipitamment un billet d’avion hors de prix à la fin de l’été et écourtait ainsi mes vacances pour tenter de réparer une énième dispute. Pendant le long trajet qui m’emmenait prendre mon avion je priais Dieu de bénir ce voyage, que j’entreprenais d’ailleurs sans la bénédiction explicite de ma mère, elle qui avait déjà remarqué avec un brin de crainte maternelle : « tu l’as dans la peau cette fille. »

« L’amour est une fleur délicieuse, mais il faut avoir le courage d’aller la cueillir sur les bords d’un précipice. » (Stendhal)

Aimer quelqu’un qui vous aime est idéal. Etre aimé par quelqu’un que vous n’aimez pas est assez flatteur. Aimer quelqu’un qui vous fait croire qu’il vous aime est… complexe.

Quelques jours à peine après mon arrivée, les choses n’évoluaient pas comme dans ma traitre imagination et la foi en notre couple qui me faisait pousser des ailes laissait place à la frustration. Les centaines de CVs que j’envoyais pour retrouver une situation ne recevaient pas de réponse, et aucun entretien que je passais n’était concluant, ce qui me rendait de moins en moins sécurisant, voir attirant… Petit à petit notre couple s’en ressentait et c’est le moment que Dounia choisissait pour prendre ses distances!! Je n’en croyais pas mes yeux!! Tout en redoublant d’efforts et d’attentions, j’essayais de détecter la présence d’un autre.. Jusqu’au soir où l’évidence me sautait aux yeux quand j’ouvrais son portable en cachette : devant moi apparaissait des messages d’un ex avec des photos de ses voyages aux quatre coins du monde… encore un dragueur qui avait du être initié aux techniques de Strauss et De Angelo…

Quelques disputes plus tard et en dépit de nouveaux doux moments de répits pendant lesquels je pensais pouvoir sauver l’amour (C’est fou à quel point on arrive à se mentir à soi-même!!), elle finissait par ne plus répondre au téléphone et à mes messages. Plus je la suivais et puis elle me fuyait… un classique.. Jusqu’au jour où je la pressais à me dire ce qu’il se passait. Mes doutes devenaient réalité : elle m’avoua froidement l’existence d’un autre!! A cette seconde précise, mon coeur éclata en mille morceaux.

Quelques semaines plus tard, encore déboussolé, un ami psychanalyste, tout en m’incitant à rebondir en bonne compagnie, prononçait cette phrase qui me reviendrait souvent à l’esprit pendant tout le processus de deuil : « Pour avancer psychiquement, on ne peut pas faire l’économie de la souffrance…» Le temps fait tout doucement et surement son travail. Je passais ainsi de manière non linéaire à travers les 7 étapes OBLIGATOIRES du deuil : le choc, le déni, la colère et le marchandage, la tristesse, la résignation, l’acceptation, et enfin la reconstruction… Avec le recule aujourd’hui je me dis que cette histoire pourrait faire une bonne capsule d’1min30 intitulée: « Bref, elle m’a trompée, et je me suis trompé. » ou encore « Bref, j’étais un joueur, maintenant j’ai pigé. »

Je me croyais indomptable et imbattable, j’avais été dompté et battu à mon propre jeu sans crier gare.

Aucune femme pas plus qu’aucun homme ne devrait être mis sur un piédestal. La femme parfaite n’existe que dans nos têtes (méfiez vous si on vous dit le contraire), ce qui va de même pour l’homme idéal (évidemment). Il n’y a d’idéal que celui qu’on veut bien se donner les moyens d’atteindre. Il se peut qu’à un moment donné nous trouvions la bonne personne mais que nous ne soyons pas prêts. Il se peut que nous soyons prêts mais que ça ne soit pas la bonne personne, celle qui correspond vraiment à qui nous sommes! Garder ses proches proche, cultiver ses centres d’intérêts et savoir être fidèle sans trop d’exclusivité, voilà entre autres ce que m’a appris cette aventure.

Récemment j’ai vu un super coach à Casablanca. Après lui avoir résumé l’histoire, je lui confiais:

- « Cette fille je l’aime encore, mais je sais qu’elle n’est pas faite pour moi »

- « Il y a un problème avec ta phrase, quand tu utilises le mais, tu créée une tension, un dilemme inutile »

- « Comment ça ? »

- « Tout simplement ce qu’il conviendrait de dire c’est : « cette fille je l’aime ET elle n’est pas faite pour moi »…  ainsi tu es dans l’acceptation, le non jugement… »

- « Oui je vois… (Pause de réflexion profonde).. vous savez au fond je pense que tout ça a été utile pour moi, je suis différent aujourd’hui, je sais ce que je veux et ce qui est important pour moi »

- (sourire entendu)

Plus tard dans la discussion il m’offrait une formule pour ancrer cette prise de conscience :

- « Pour qu’un couple marche il faut trois blocs. Le premier tiers c’est toi, ta situation et tes moyens, le second tiers c’est la personne en face, sa maturité et sa disponibilité, enfin le troisième tiers c’est la situation, le contexte en somme, donc tu vois maintenant sur quels éléments tu as vraiment une prise nespa..? »

- (moment eureka) : « Oui.. simplement sur mon propre bloc.. et un tout petit peu sur la situation.. »

- « Et encore, parfois la situation t’échappe complètement….»

- « Oui ! »

Aujourd’hui je ne suis plus joueur, ou plutôt je sais siffler la fin de la partie..! Je pense avoir appris ma leçon une bonne fois pour toutes. Je n’en veux plus à Dounia. Je pense qu’elle a simplement joué le rôle qu’elle avait à jouer à un moment précis dans ma vie car la vie ne nous offre pas toujours ce qu’on veut mais ce dont on a besoin pour avancer..

Les rencontres amoureuses créent cette formidable alchimie, qui est « l’art de purifier l’impur en imitant et en accélérant les opérations de la nature afin de parfaire la matière. »

L’amour est cet art, la matière c’est nous, et les opérations de la nature ce sont les peines et les souffrances, qui finissent par nous purifier.

Amen.

Nour

7 Comments

  • Répondre mai 12, 2014

    sak

    je suis totalement d’accord!! j’ai littéralement bu tes paroles probablement venant d’un homme sage!l’histoire est valable pour les homme aussi bien que pour les femmes.
    l’amour nécessité une prise de conscience dans le sens où il ne faut pas idéalisé l’autre parti ,il faut s’attendre au pire aussi des fois et non pas seulement au meilleurs.
    tu sais on tous les cas un proverbe marocain le dit » si tu voit deux qui s’entendent bien sache que la pression pèse sur l’un des deux. »
    bonne continuation.

    • Répondre mai 14, 2014

      princesse tam tam

      j’aurais bien besoin de cours de ta copine là!
      sinon, bien fait pour toi…sans rancune :)

  • Répondre mai 12, 2014

    Walid

    Tout simplement, sans intérêt, vide, niais…aucun talent d’écriture…

  • Répondre mai 14, 2014

    sultana

    J’ai beaucoup apprécié l’article, il est très touchant mais a la fois il fait réfléchir aussi, c’est une expérience de vie, et on aura tous une dans notre vie.

  • Répondre mai 22, 2014

    Zayneb

    Perso je suis pas d’accord avec Walid; pas besoin d’être un pro pour partager une expérience de vie…au contraire je trouve que c’est une bonne initiative !
    Bonne continuation !

  • Répondre mai 27, 2014

    Cherryl

    Très bel article! Touchant, vrai, avec une morale et surtout un brin d’espoir à la fin. Nos peines nous font grandir, encore faut-il que l’on se rende compte de ce que nous gagnons après de tels déboires, et c’est là que tu as brillé. Bonne continuation et bon courage pour trouver celle qui te convient.

  • Répondre avril 21, 2015

    Sara

    Je crois que la leçon qui doit être tirée de cette histoire est que la vie est une roue qui tourne. Ce que nous faisons endurer aux uns .. on l’endurera à cause d’autres. C’est la justice divine. Nos actions ont toujours une conséquence. Je ne dis pas ça par rancune, ou dans par mauvaise foi. Cette Dounia subira aussi les conséquences de sa trahison. Un jour ou l’autre, elle sera trahi.

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