Le moment présent….

Crédit Photo: Mounir Mehdi ( The Unknown)

Crédit Photo: Mounir Mehdi ( The Unknown)

 

 

Village de Akermoud, 50 km au nord d’Essaouira, 

 

Du haut de cette maison de vacances je regarde la mer, la marré haute,  les bouées que le vent fait bouger dans la piscine

Le soleil va bientôt se coucher, les mouettes qui disparaissent en petits groupes sont le signe annonciateur de la fin de cette belle journée …. Je regarde ma petite sœur nourrir un chat errant, et tout ça rempli mon cœur de gratitude …. Gratitude d’être là, gratitude d’être entourée de gens que j’aime ; gratitude d’être en vie ….

Et pourtant, rien de ces vacances, de ce paysage,  de ce voyage n’était vraiment prévu… avec mon mari nous voulions emmener bébé passer ses premières vacances en Grèce , ou en Italie, des premières vacances à trois , dans un coin où on n’avait pas à se soucier de cuisiner , des vacances à trois pour nous « retrouver » ….

J’ai dis que j’étais en charge des réservations et j’ai trainé des pieds, chaque destination posait un problème , hôtel pas bébé friendly, vol trop tôt le matin ou trop tard le soir, destination trop chère , et les vacances approchaient à grands pas sans qu’on soit au clair sur ce qu’on allait faire  , quand le téléphone a sonné , et qu’on nous a annoncé le décès qu’une amie de la famille …

Elle avait 60 ans,  un arrêt cardiaque… rien ne nous a préparé à cela,

comme si quelque chose pouvait vraiment nous préparer à la mort … mais on pense égoïstement que si on avait su avant, si elle avait souffert d’une maladie, si on avait eu le temps de dire au revoir ….

Sauf qu’en vrai, on n’a jamais vraiment le temps de dire au revoir, parfois on n’a même pas le temps de vivre .. on est submergé par et dans notre quotidien qu’on prend certaines choses et certaines personnes pour acquises … on pense qu’ils seront toujours là, et qu’on sera toujours là, pour se parler , pour rire, pour créer des souvenirs, on pense à tord qu’on a toute la vie , mais combien de temps dure une vie …

Najia était la femme la plus drôle qu’il m’a été donné de rencontrer, le peu de temps que j’ai passé avec elle, reste gravé dans mon cœur comme des moments de pure joie,  ses phrases étaient des blagues, avec son accent marrakchi chantonnant, elle trouvait de la joie dans les misères de la vie, elle rigolait du destin, elle souriait même quand la tristesse la submergé et elle communiquait une joie de vivre autour d’elle comme seules les personnes au cœur pure peuvent faire … et pourtant sa vie n’était pas toujours joyeuse, mais elle était d’une positivité sans limite

La dernière fois que je l’ai vu elle composait des poèmes au petit dej pour mon fils

La dernière fois que je lui ai parlé elle m’a dit avec une gestuelle théâtrale en raccrochant son téléphone suite au énième appel d’une voisine qui voulait qu’elle cuisine pour elle ; Leila pourquoi personne n’appelle pour me dire vient manger ce soir c’est la fête ? pourquoi y’a que des gens qui veulent t’entuber ? pourquoi y’a pas des gens que MOI je peux entuber ?

La dernière fois que je lui ai parlé elle m’a dit que la prochaine fois qu’on se voit elle me ramènera des briwates

Il n’y’a pas eu de prochaine fois ….

Je suis croyante, je crois au destin, et je crois à la fin de chaque chose, je ne regrette pas beaucoup de choses dans ma vie, mais avec Najia je regrette de ne lui avoir jamais dit à quel point son rire, ses blagues, son humour égayées mes journées à Casablanca, si je pouvais revenir en arrière, c’est la première chose que je ferai , avant de l’emmener dans ce fameux hammam trop chic, trop cher dont on lui a parlé ….

Aujourd’hui, je regarde cette journée se terminer, et je sens de la gratitude et je pense à elle, parce que son départ a fait qu’on se rapproche de l’essentiel

Ces vacances en famille, se font parce qu’elle est parti,

On a ressenti le besoin de passer du temps avec nos proches

On a ressenti le besoin de voir notre enfant jouer avec ses grands parents

On a ressenti le besoin de nous retrouver autrement … pas en nous éloignons, mais on nous rapprochons de ce qui compte vraiment …

On vit à 100 à l’heure et on oublie souvent, et vite que la vie n’est pas éternelle, que nous ne sommes pas éternels, on oublie que le seul moment qui nous appartient vraiment c’est le présent, et qu’on serait idiots de ne pas le saisir …

J’écris ces mots pour Najia pour lui dire merci, ton départ nous a secoué, je sais dans mon cœur que tu es dans un endroit meilleur, où tu fais rire d’autres personnes, où tu as enfin la joie que tu mérites …

Je sais dans mon cœur que tu resteras à jamais dans nos cœurs comme celle qui est parti bien trop tôt bien trop vite…..

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