Lady L

11616 - Sophia Loren

 

Je la regardais , ses longs cheveux noirs bougeaient sous les caresses du vent, son teint légèrement halé lui donnait cet air de zeinitude, et donnait la fausse impression qu’elle était calme et reposée …

Elle portait une longue robe bleue qui dessinait ses courbes sans lui coller à la peau, laissant deviner son corps sans le dévoiler , elle avait des lunettes de soleil posés sur ses cheveux, elle avait la particularité de ne jamais les mettre sur son nez, comme si leur place était toujours l’ornement de sa chevelure, telle une couronne.

Un rouge à lèvres couleur sang dessinait ses petites lèvres , au fil des années cette couleur est devenue sa signature…

Son gros caba trainait négligemment à côté d’elle, la douce voix de Fayrouz inondait l’espace , sans l’alourdir ..

Un verre de Perrier posé sur la table, et des fraises coupées en morceaux qui attendaient qu’elle leur prête son attention , mais sa tête était dans un livre

Je la regardais tourner les pages, comme si chaque ligne était une surprise qu’elle voulait découvrir , doucement, calmement , comme si le travail de l’auteur était si important que dans un espace temps rien d’autre n’existait, que le temps d’un chapitre elle était à lui, comme lui était à elle..

Elle a toujours traité les bons auteurs avec respect , elle a toujours traité leurs livres avec respect, comme si chaque page a été écrite pour elle …. elle dit de Romain Gary, avec la certitude de l’ignorance: Lui seul sait me raconter des histoires !  Elle dit de Kafka qu’il l’ennuie , elle dit de la plume de Schmitt qu’elle l’endort , elle dit que Gavalda se répéte, elle dit que Notomb est une machine à livres, tout comme Levy  tout comme Musso , et elle dit que la plume de Christy l’intrigue… parfois …mais pas souvent

Elle a un avis sur tout ,

Un avis bien tranché sur tout, elle laisse toujours croire qu’elle accepte discussion et débat, mais si on n’est pas du même avis qu’elle , elle sourit, écoute , finit toujours par dire :  » En voilà un point de vue intéressant » en insistant sur le mot « intéressant » …

Je la regarde tourner les pages du livre et je me demande si elle le jettera  , au milieu ou à la fin… s’il finira pas la lasser, comme tant de livres avant lui, comme tant d’auteurs avant lui, comme tant de gens avant lui …

Et je me demande si elle sait … si elle sait qu’elle vacille entre un intérêt démesuré pour les choses, et les gens, et un désintérêt démesuré…

si elle sait qu’elle souffle le chaud et le froid , qu’elle est le chaud et le froid … qu’elle peut ouvrir ses bras et donner de cet amour parfois maternel, et qu’en un battement de cils, ses bras deviennent un pays inaccessible, comme sa tête, comme son cœur … Pour lesquelles elle nous a donné l’illusion de l’appartenance, et qu’on se retrouve étranger à son regard… Ce même regard qui un jour nous a été adressé avec un sourire et une promesse d’intérêt éternel …

Elle marque une pause, je la vois lever les yeux pour observer la mer, elle a l’air pensive, je me dis que l’avenir du livre se décidait en ce moment, elle observe la mer un long moment, s’il y’a quelque chose qui ne l’a pas encore lassée, c’est bien la mer … peut être parce qu’elle a toujours su lui reste inaccessible … qu’elle ne lui a jamais révélé ces mystères… Contrairement à nous pauvres hommes, qui nous livrons à elle comme à un vieil ami… Mais on ne sait pas, on ne sait pas qu’à la fin du compte , quand on n’a plus rien pour garder son intérêt, que nos histoires s’achèvent, le sourire s’efface, les bras se font étrangers, et on se retrouve comme un livre de gare, abandonné sur la table d’un train quelque part …

J’ai vu tant de gens, finir en livre de gare dans sa vie… Des gens qu’elle a tendrement aimé, pour qui elle a toujours trouvé le temps, je l’ai vu passé de cet être chaleureux, accueillant, disponible, à cette femme étrangère … sans état d’âme, comme si la vie était des cycles, chaque cycle a ces personnages … comme si la vie était un recueil de nouvelles, toutes aussi intéressantes, toutes aussi différentes !

Elle reprend son livre d’une main ferme comme si elle lui accordait une deuxième chance, et tend l’autre main pour saisir une fraise. Je ne peux pas m’empêcher de continuer à la regarder, elle m’a toujours fascinée, si je devais un jour écrire un livre, elle serait mon personnage principal, si complexe … si complexe que je ne le saisirai jamais … et c’est ce qui fera le chef d’œuvre de l’inachevé …

Elle m’a toujours fasciné par son caractère, mi ange, mi démon, je n’ai jamais réussi à la qualifier de gentille, ni de méchante, j’ai fini par me dire qu’elle était les deux..

Elle m’a toujours fascinée par son regard, elle peut regarder les gens comme si sa vie dépendait de ce qu’on lui racontait, s’accrocher aux gens comme si elle avait signé le pacte de l’amitié éternelle, et puis comme dans un rêve disparaitre, pour laisser sa place à une autre. Elle donnait une chaleur si tendre qu’on voulait être autour d’elle, on voulait s’approcher d’elle, elle crée cette atmosphère de « maison » à laquelle on voulait appartenir, et puis elle changeait, et le monde n’était plus que froideur.

 Elle ferme le livre, et le serre contre son cœur, de là où je suis je ne sais pas si elle l’a terminé… Mais je sais qu’elle est émue…

Je me demande combien de temps durera cette émotion… Et comme si elle sentait mon regard sur elle, elle se retourne vers moi, et nos regards se croisent, on se regarde … comme deux étrangères qui se découvrent, je vois ses yeux brillaient et un sourire se dessinait sur ses lèvres … je pense lui rendre son sourire mais je suis figée… Fixée par son regard.

  • Tu vas visualiser cette vidéo combien de fois ma chérie ? Tu aimes te regarder rien faire ? Attention la rumeur qui dit que tu es nombriliste va se confirmer.

J’entends la voix de ma mère, qui met la vidéo en pause sur mon visage qui s’est retourné face caméra et qui sourit … je regarde le livre par terre, le bol de fraises vide   … J’essaie de me souvenir du titre du livre qui m’a ému un jour, mais j’ai beau puiser dans mes souvenirs rien ne me revient … j’éteins l’écran et marche vers la terrasse en pensant qu’être le chaud et le froid c’est bien lassant à la fin …

 

*Lady L: Titre emprunté au Roman de Romain Gary

1 Comment

  • Répondre août 24, 2015

    shems addoha

    J’aime beaucoup te lire et je me fais tellement plaisir en le faisant .
    Ne t’arrête jamais d’écrire *.*

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