La fugitive…

Photo: Garance Dore

Photo: Garance Dore

 

Quand j’étais petite, et qu’on partait à l’aéroport déposer une cousine, tante, voisine, sur le chemin du retour à la maison, je levais les yeux au ciel, souriais au premier avion que je pouvais apercevoir et pensais: Un jour ça sera moi qu’on déposera …

Et ce jour est arrivé, j’ai pris mon premier vol loin du Maroc de Marrakech par une journée de septembre , par 40 degrés pour arriver à Lille, pour un 10 degrés, et le plus incroyable de l’histoire c’est que je n’ai pas pleuré, ni de quitter ma famille, ni de quitter le pays, ni de perdre 30 degrés de chaleur …

Aujourd’hui, ça fait 6 ans que j’ai quitté le Maroc, et les raisons de mon départ sont de plus en plus claires dans ma tête …

Je ne suis pas juste parti, j’ai fui …

Fui non pas un pays, mais une société qui m’étouffait ….aujourd’hui je peux le dire plus librement, l’écrire et surtout me le dire, parce que je suis en paix avec cette conclusion parce que je n’ai pas peur des pseudo critiques du « tu as renié ta patrie, ta culture, tes traditions, ton peuple », parce que aujourd’hui, je sais, que ce qui compte, c’est que ça soit plus clair dans ma tête et non l’interprétation que les autres auront de mon attitude..

Et je suis là, à l’aéroport de Casablanca, et je regarde la pluie qui nettoie ses vitres, et je pense que quand j’étais petite j’aimais les dimanches pluvieux, parce que je pouvais me mettre au lit, faire une longue sieste et me lever pour prendre un goûter avec du thé à la menthe aujourd’hui les jours de pluie, je rêve d’être dans un café à New York à regarder des yelow cabs et lire Stieg Larson …

On m’a demandé il y’a quelques jours d’intervenir à une conférence à l’attention des jeunes étudiants marocains pour donner mon avis sur « Maroc ou France ? Quel choix après ses études ?  » Personnellement il n’a jamais été question de choix, le jour où j’ai quitté le Maroc je savais que c’était pour ne plus revenir m’y installer, quand on se posait la question du retour au bercail après les études, mes copines s’inquiétaient de perdre leur liberté de sortir, leur indépendance, leur liberté de s’habiller… Moi ce qui me hantait c’est de perdre ma liberté de penser …

De me retrouver un jour à trouver  » normal » et  » acceptable » des comportements humains qui me choquaient jusqu’ici …

J’ai grandi, et autant que je m’en souvienne ma manière de voir la vie n’a pas changé, ce n’est pas arrivé du jour au lendemain que je ne rigole pas des mêmes blagues que mon entourage, ce n’est pas arrivé du jour au lendemain que ça me choque les réunions familiales où on ne fait que parler de farida femme de zouhair qui à 11 enfants et qui ne prend pas soin de son mari, ou de Nabila qui n’a pas fait d’enfants parce qu’elle est stérile ce n’est surement pas la France qui m’a changée, ou les pays que j’ai visités, ou les gens que j’ai côtoyés petite, je ne comprenais toujours pas que ma mère ait son mot à dire dans le mariage de notre voisine, ou que ma cousine raconte ses problèmes de couple à des amis de la famille …

Je ne comprenais pas que les jours de l3id des gens passent une semaine à faire des barbecues quand d’autres moins chanceux de la vie n’ont pas le pain qui va avec le thé …

Et aujourd’hui cet écart entre ce que ma société attend de moi, ce qu’on me demande d’être et qui je suis ne fait que se creuser … et pour une fois ce n’est pas dans le sens de la critique que j’en parle , parce que ce qui me semble clair et logique pour ma propre personne ne l’est pas forcement pour les autres et je ne demande à personne de changer, je ne demande pas au Maroc de changer, ni à ses gens de devenir moi, d’avoir ma manière de voir et d’analyser les choses, je ne demande même pas qu’on me laisse tranquille parce que je suis arrivée à ce moment de ma vie, où ma tranquillité je ne la demande pas, je l’impose …

Une marocaine partie…

 

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