Jeu de rôle entre amis

asaad-bouab

 

Je vous ai manqué? Là, vous ne pouvez pas me répondre au moment même où j’écris ces lignes mais je vais imaginer la réponse que je veux « Ouiiiiiiii! ». Vous aussi, vous commencez à me manquer. Attends, j’entends une voix. Quelqu’un veut ajouter quelque chose? Quoi? Ce n’est pas moi qui vous manque mais mes histoires et mes personnages? Bien sûr! Bien sûr! Je comprends…Tiens, en parlant de personnages, vous vous rappelez de Hamza? « Ouiiiii! », il n’est pas content Hamza « Oooooh! », on se calme! C’est moi qui écris, c’est la dernière fois que je vous laisse intervenir dans ce texte. Compris? « Ok! Oups » Ce n’est pas grave. Alors, Hamza n’aime pas que je parle de lui et que je le présente de cette manière. J’ai décidé donc de ne parler que de lui aujourd’hui (Le salaud il m’a traité de DARIBAT TTAR).
Il y a trois ans de cela, il aurait aimé ce que j’ai raconté sur lui, mais il a changé depuis son mariage…Oui Hamza s’est marié depuis. Je sais que j’ai réveillé votre curiosité et vous voulez savoir comment est sa femme lui qui se comportait avec les femmes comme un salaud. Eh bien, Il suffit de demander, Je vous la décris: Alors, [CECI EST UN PASSAGE AUTO-CENSURE. C'EST LE PREMIER ET J'ESPERE QUE CE SERA LE DERNIER].

Tous mes amis se sont mariés, la plupart ont eu des enfants et la plupart se sont mariés avec des femmes que je leur ai présenté (Hamza lui m’a court-circuité). Vous pensez que c’est une bonne chose, que le fait que je sois ami avec les femmes de mes potes me permet de rester proche d’eux. Et bien non, faux! C’est totalement l’inverse. Hamza par exemple (j’ai dit que je n’allais parler que de lui) Il a interdiction de me voir en tête à tête. Sa femme serait plus rassurée s’il passe une nuit en tête à tête avec Clara Morgane après 6 shots de Jagermeister que s’il prend un café avec moi. Mais Hamza, comme mes autres potes, tient à me voir (Et il y tiendra encore plus après cet article) et sans son tuteur (sa femme). Il profite d’un match Réal-Barça pour qu’on se retrouve avec les anciens potes dans un bar des grands boulevards. On se retrouve une heure avant le début du match pour pouvoir se parler un peu (Hamza pense que sa femme ne sait pas à quelle heure le match commence, moi je sais qu’elle est fan de Casillas et qu’elle ne rate pas un seul match du Réal).

Ces rencontres me rappellent mon âge. Hamza a la même barbe de trois jours mais elle ne lui va plus aussi bien qu’avant. Ce n’est plus la barbe de Georges Clooney mais la barbe d’un vieux. Et encore ! Hamza c’est celui qui s’est le plus préservé car il s’est toujours aimé. Quand on était tous célibataires, on parlait de tout: politique, actualités, voyages, plans de sorties, des fois de nos plans cul et très souvent on parlait du Maroc. Maintenant qu’ils sont mariés, la discussion est autour d’un seul sujet : Le foot. Bizarre non? Cela devrait être l’inverse non? Surtout qu’aucun de mes potes n’a jamais été un grand fan de foot. Peut-être que le foot c’est la seule chose qui leur reste de leur vie d’avant et à laquelle ils ont encore droit. Etonnant non? Le foot qui est détesté par les femmes permet à leurs maris d’avoir une activité autre que l’activité de mari et père de famille, une sorte d’échappatoire qui évite à la cocotte-minute d’exploser…la maitresse qui aide le couple à survivre. Vous n’aimez pas la comparaison avec la maitresse? Alors pourquoi le soir sur internet, le mari a remplacé son activité sur Facebook par une grande présence sur tous les sites de foot imaginables? 1 – 0 ;)

Un autre détail m’interpelle : Hamza regarde toutes les fesses qui passent. Oh mon dieu! On avait horreur des mecs comma ça…On les appelait « Le public du tennis ». Mais là il les scanne toutes. Mais vraiment toutes Wellah! Tout y passe: gros cul, cul mince, cul triangulaire (style carotte), cul horizontal (celui qui applaudit quand la nana descend les escaliers) et pire il regarde même des culs dans des pantalons sans poches derrière, le truc qui ne ressemble à rien. Je comprends pourquoi sa femme n’aime pas qu’il me voit, à sa place je ne lui aurais pas seulement interdit de me voir mais de voir tout court. Le type est devenu un sonar… un « culoscope » ambulant (Hamza, si tu m’en veux…ne lis pas la suite s’il te plait).

Je remarque que le téléphone sonne toutes les dix minutes (on ne se rappelle jamais de quoi on parlait, enfin de quel joueur de foot). Rien qu’en voyant mon pote faire la voix douce (comme celle qu’on utilise pour raconter des histoires aux enfants avant de dormir) je sais qui à l’autre bout du fil, toujours le même correspond…le tuteur. Je me demande s’ils habitent vraiment ensemble. Je me demande aussi comment leurs femmes imaginent notre rencontre, comme ça peut être « Allez les gars, maintenant que vos femmes ne sont pas là, je vous ai préparé une surprise…Zahia sors…et voilà! Non pas la peine de lui parler, j’ai mâché le travail pour vous…Zahia, position Cobra! A l’attaaaaaque, fais de ces pauvres maris fidèles des sales cons trompeurs de leurs femmes…pour l’amour de la débauche »

En quittant mes amis, et pour que leurs femmes ne pensent pas que la scène surréaliste décrite plus haut s’est vraiment passée, je veux une seule chose: qu’ils fassent tous l’amour à leurs femmes en rentrant et qu’aucun connard ne se fasse coincer entrain de se toucher devant une vidéo de teens amateur. Je croise les doigts.

Des fois, Hamza m’appelle et me dit que sa femme m’invite à diner, et plus précisément à manger un couscous, car (sa femme précise) ça doit me manquer. Normal, je suis célibataire, le type qui est censé dormir mal et manger encore plus mal. Elle a oublié peut être que c’est elle qui aimait venir manger chez moi quand les plats de sa mère lui manquaient, elle a oublié que ce que j’aurais aimé c’est que ce soit Hamza qui cuisine, car au moins lui, il sait quand est ce qu’il ne faut pas mettre le cumin dans les plats. Mais bon, c’est la femme, elle est mariée, je suis célibataire, c’est mon rôle et je l’accepte. Son rôle à elle, c’est d’avoir sauvé Hamza de la vie de merde dans laquelle je suis censé vivre actuellement. Je me demande si ce n’est pas pour ça que je suis invité, pour faire un petit rappel, un avant/après. Encore une fois je vais jouer le jeu, et des fois je surjoue.

Je me retrouve chez eux, je n’oublie jamais de ramener du chocolat pour l’enfant. (Ah! Au fait, Hamza et sa femme n’ont pas d’enfant, C’est un autre couple qui a un enfant, mais on va le leur prêter, cela m’arrange pour la suite de l’histoire car je n’ai pas envie de raconter deux diners). Ce chocolat me permet d’avoir ce sacré bisou de l’enfant et éviter 45 minutes de « embrasses ton oncle Zed! La hchouma! Embrasse ton oncle ». La chose que je ne peux pas éviter, c’est que toute la soirée on va parler de qui? Bravo! … de l’enfant! Je dois d’abord deviner à qui il ressemble. Chose que j’ai déjà faite 60 000 fois avant. Pour ne fâcher personne, je dis tout le temps « le style du visage (la carcasse si vous préférez) est celui du père, mais les traits du visage sont ceux de la mère »… la mère insiste sur le fait qu’il ressemble à son père, et bien heureusement qu’il ne ressemble pas au voisin quand même! Et quand la ressemblance avec le père n’est pas frappante, la mère me racontera pendant 1 heure que le gamin ressemble à son père dans les gestes et le comportement et j’ai le droit à une dizaine d’anecdotes dans ce sens…Le truc qui changera mon quotidien quoi !

Après, il faudrait que je m’enthousiasme avec eux sur tout ce que ce gamin dit et fait (ce gamin que je ne connais pas au passage, genre je n’ai pas partagé des moments de ma vie avec lui, donc il ne m’intéresse pas du tout). On doit donc commenter tous ses gestes et trouver mignon tout ce qu’il fait! Mais qu’est-ce qu’il est lourd ce gamin! Le genre qui te fait détester la procréation, il te fait détester même l’évolution et Darwin). Et qu’est-ce qu’il est con! Il pleure parce que Hamza lui a fait croire qu’il lui a pris son nez. Mais t’es con ou quoi? Le mec est debout, respire normalement, aucune goutte de sang, rien mais sans nez, Ah le con! Et puis, il y a le moment inévitable où ce petit merdeux voudra prendre mon téléphone pour jouer avec, sa mère lui dit « non lâche le téléphone de ton oncle, lâche je t’ai dit » et elle me regarde, comme pour me dire « je fais semblant, mais je veux que tu le laisses jouer avec le téléphone quand même » et bien dans tes rêves connasse! S’il y a une seule chose à laquelle on ne touche pas c’est mon téléphone! Le gamin se met à pleurer et se jette sur moi, sa salive sur ma chemise alors que je dois encore sortir après ce diner. J’ai envie de neutraliser l’individu mais il parait que c’est interdit par la loi. Il finit par prendre mon téléphone…et 2 minutes plus tard, il le jette par terre… [CECI EST UN DEUXIEME PASSAGE AUTO-CENSURE, VEUILLEZ M'EXCUSER]

Arrive le moment fatidique, où la femme de Hamza veut changer un peu l’ambiance et me dit « Vas-y Zed, racontes nous tes histoires de cul, ça nous manque! ». Je ne tombe plus dans le piège, et je n’oublie pas mon rôle, je suis ici pour faire pitié et non pour les faire rêver. Donc je ne raconterais que l’histoire de la fille qui sentait mauvais ou la folle qui a commencé à crier le premier soir « vous êtes tous les mêmes, fais-moi un enfant, je veux un enfant » ou encore la fois où pendant la nuit je sors dans le séjour fumer une clope et en regardant vers le sac de la fille qui dort à l’intérieur qu’est-ce que je trouve? Et bien ses cheveux ! La femme de Hamza est morte de rire, et regarde Hamza comme pour lui dire, tu as vu de quelle vie de merde je t’ai sorti ? Hamza rit moins et sait que je suis dans la caricature, il me connait et sait quand je fais du théâtre mais il sait aussi que je le fais pour lui, pour que sa femme ne lui ressorte pas les vieux dossiers avant d’aller se coucher.

A la fin de mon show, la femme de Hamza me dit « Et toi alors? T’en as pas marre de cette vie? Tu ne veux pas avoir une famille et des enfants toi aussi? » Je suis obligé de dire oui après avoir joué le malheureux comique pendant 30 minutes. Elle me propose de me présenter sa copine, Hamza me regarde comme pour me dire « surtout pas », et moi sans poser de question sur la fille je dis « Oui bien sûr, on planifiera ça ».

Je sors de chez eux avec un sentiment mitigé : heureux de ne pas vivre ça et triste car je sais qu’un jour je le vivrai. Un jour, je ferai moi aussi semblant de ne pas savoir cuisiner ou repasser mes vêtements, d’être devenu plus propre. Un jour je découvrirai une passion pour le foot et je m’abonnerai à Bein sport…et surtout un jour je m’enthousiasmerai sur un petit con qui croira que j’ai le super pouvoir de lui piquer son nez et le lui rendre en un clic d’œil, car ce petit con sera mon con.

Ce texte me coutera peut être deux amitiés et un gendre potentiel. Je vous raconterai cela et d’autres histoires dans mon blog, venez me rendre visite.

Zed !

3 Comments

  • Répondre mai 19, 2014

    Amal

    J’imagine que Hamza ne te parle plus à l’heure actuelle. En lisant ton texte, je me suis complètement reconnue dans sa femme, et pourtant j’ai passé mon temps à me dire pourvu que je ne sois pas « le tuteur »… On doit vraiment toutes se ressembler ^^.

    • Répondre juin 2, 2014

      Salim

      ou far7ana awiii ;)

  • Répondre mai 21, 2014

    Yasmean

    C’est la troisième, voir quatrième fois que je me rend sur ton (on se tutoie?) blog.
    De très bonnes idées, mais je ne sais pas il me manque du punch quand je lis, comme s’il y avait des pauses entre les phrases..Je sais pas mais je pense si tu te relis tu comprendras.
    tu me diras t’es sur un BLOG pas un LIVRE, mais je trouve très dommage qu’il manque ça, la soif de lire encore et encore plus d’articles.

    A bientôt.

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