Flashback: Blind date me in march

carrie_bradshaw_vogue

 

Le 19 mars 2013

Il est 20h02, je suis au bar, brushinguée, manucurée, les fesses un peu gelées à cause de ces collants un peu trop fins, ma respiration un peu gênée à cause de cette culotte taille haute qui doit maintenir mon ventre, ma poitrine un peu serrée par ce triple push up Etam, mais je m’en fous, il faut ce qu’il faut  pour être belle, et puis on m’a dit que la meilleure manière d’oublier un mec c’est d’en trouver un nouveau …

Le barman me demande si je veux boire quelque chose, je réponds par un non sec, je dois garder mon rouge à lèvres nickel brillant, la séduction se joue aux premières secondes, et je ne prévois pas de les rater-mes précieuses premières secondes-…

On me tanne pour rencontrer ce mec depuis des mois, une de mes copines dans un geste ultime pour me sauver du célibat éternel me dit : « Meuf, je connais un mec il est fait pour toi tu es faite pour lui, cherche pas ! Vous allez vous rencontrer, tu vas l’aimer, vous allez vous marier tu appelleras ta première fille Nawel, si c’est un garçon tu l’appelles Nawel aussi il se démerde ! »

Je n’aime pas les blind dates, ça me rappelle ma mère et ses plans chelous. La dernière fois elle m’avait obligé à voir le fils Bennouna qu’elle pensait médecin à Paris comme son père ; non seulement le fils Bennouna n’était pas médecin mais livreur chez pizza du monde quand il n’est pas occupé à faire  » des photos de mode », mais en plus il est tombé amoureux direct … de mon pote gay …

Et puis les blind dates, c’est l’avant dernière étape dans  l’échelle de « je m’engouffre dans mon célibat SOS sauvez mes fesses »! La dernière étape étant « Adopte un mec.com » et entre les deux  » Mektoube, rencontre entre musulmans ( consentants?)  » …

Donc les blind dates ce n’est pas pour moi, et le pote à Nawel non je ne le rencontrerai pas, parce que je suis assez belle/ djeunz / intelligente/ belle (je l’ai déjà dit ?) pour me trouver un homme …

Et puis un jour, j’ai ouvert un compte « Mektoube », un mec m’a alors écrit :  »Salam oukhty, je cherche ton amitié »

J’ai compris que je commençais la descente.

J’ai appelé Nawel, et elle a arrangé mon RDV avec monsieur Hamza. Après une analyse facebookienne rapide, le mec semblait  » rencontrable », visiblement hétéro, globe trotteur (comme moi), chic (comme moi), parisiano rbati (comme moi), et dans les mentions « aime » de facebook kiffe le barça et joue au tennis, et puis Lui+Moi ça pouvait faire de beaux bébés ; sa photo de profil le confirme …

Et faut croire que lui aussi a fait un tour sur mon facebook parce que j’ai entendu une voix dernière moi murmurer un : Bonsoir

Je me retourne , et me voilà nez à nez avec un jeune homme , plus grand que moi, brun aux yeux clairs, petite barbe en pousse et costard de sortie de travail , pas de sacoche (et un point pour Hamza), sourire freedent mais pas trop « je vais te pécho fissa fissa meuf   » non plus (et deux points pour Hamza) .. un grand foulard autour du cou, mon angoisse du gay déguisé en hétéro remonte ( et moins 2 points pour Hamza) …..

On se dirige vers notre table, Hamza est à l’aise, comme moi il est anti blind dates, mais Nawel lui a tellement parlé de moi que voilà , d’ailleurs : « Qu’est ce qui t’a enfin décidé à vouloir me rencontrer Leila ?  »

Moi j’ai pensé : « Bah vois tu, je suis au bout du gouffre, je me suis inscrite sur Mektoube vois-tu, et y’a des mecs chelous qui sont venus me parler genre : Ma sœur je cherche ton amitié. Crois-tu que je cherche l’amitié moi? J’ai 450 amis selon facebook donc moi ce qu’il me faut c’est un homme, du coup j’ai décidé de te voir, après tout tu ne pouvais pas être pire que les mecs de Mektoube, et puis toute façon si ça marche pas, je peux toujours partir sur Adopte, ma copine Clemence a trouvé son mari sur ce site … pas que je veuille me marier oulaaaaaaaa easy mon pote, on vient de se dire bonsoir… »

Mais je ne l’ai pas dit, ce qui est sorti de ma bouche c’est : « Je voyageais pas mal pour le boulot ces derniers mois, presque jamais sur Paris, donc jamais le temps d’organiser cela.  » -Traduction : « Mec si tu savais ! me suis ruiner en billets d’avion pour New York je pensais avoir trouver Mister right  entre Macy’s et broadway et qu’on allait finir nos jours dans une maison dans le Vermont sipping vino et qu’Obama allait être notre voisin, mais que néné j’ai trouvé l’interdit bancaire ouais ! » mais je ne l’ai pas dit,  et puis je ne pouvais pas trop parler, mon triple push up me serrait trop.

Hamza parlait de lui, mais trouvait toujours la tournure pour poser des questions sur moi, intéressant et intéressé (le pouvoir des soutif push les copines moi je vous dis). Le diner d’une heure a duré 2h30, le restaurant devait nous virer pour le deuxième service. Je pensais rentrer chez moi non sans peine, parce que le petit poulet je voulais bien le connaitre un peu plus (Et là conseil les filles, un mec vous plait au bout de 2h, ne restez pas trop longtemps, laissez partir, laissez votre estomac digérer « l’attraction » revenez dans deux jours pour la suite, parce que sinon c’est comme un bon diner si on ne sait pas s’arrêter au milieu, on loupe de dessert (ou on fini par se gaver) !)

Visiblement Hamza aussi voulait me connaitre « plus ». Il me propose de me payer un verre vu que j’ai payé le diner (oui je sais … mais c’était plus fort que moi, je n’aime pas que les hommes me paient à manger … Mon meilleur pote appelle ça « Avoir trop de couilles pour une fille ». Et c’est ainsi qu’on s’est retrouvé dans un bar, Hamza enchaine les shots, il devient encore plus drôle que ce qu’il était sobre, on improvise des danses au bar, on se lance des défis, ambiance bon enfant, il me regarde dans les yeux et dit : « J’ai tenu toute la soirée pour pas faire ça «  Et m’embrasse !

Je n’avais pas embrassé de mec depuis ma crise américaine de Décembre, c’était bien, il était chou. Mais je gardais les yeux ouverts ; Hamza a forcé sur l’alcool, il est 1h du mat, il doit rentrer chez lui, moi, la fille (avec trop de couilles pour une fille) le prend par le bras pour lui trouver un taxi, dans la rue il s’arrête : « Leila, je veux te revoir.  »

Moi (j’ai sommeil, mes seins se livrent une bagarre pour décider lequel sortira le premier pour respirer du triple push, je veux juste en finir) : « Oui oui bien sur, tu dis ça parce que tu as bu. »

Lui : « Attends attends attends, je vais t’envoyer un texto pour te confirmer que je pense ce que je te dis.  »

Moi : « Hmmm tu le feras demain. »

Lui, me prend dans les bras et re-roulage de pelle, et dans un souffle me dit : « Je pense que je suis entrain de tomber amoureux de toi, wllah. »

Moi aussi choquée qu’une française dans un hammam à Derb Seltane : « Hmm tu connais même pas mon nom mec. »

Lui: « M’en fou ! Je sais que je tombe amoureux, je le sais.  »

Il trébuche, tombe sur une Ferrari, le chauffeur descend ,énervé il veut botter les petites fesses de Hamza, je lui explique tant bien que mal que mon ami a forcé sur les shots ce soir, m’excuse platement. Moi « la fille avec trop de couilles pour une fille » arrête un taxi pour Hamza, le met dedans, lui fait promettre de m’appeler une fois chez lui.

Et je claque la porte sur mon désarroi, je marche vers chez moi, il est 1h30, je suis à Paris, je suis seule, aucun mec n’est là pour me mettre dans un taxi ou veiller sur moi, je n’en ai pas vraiment besoin… Mais je n’ai pas besoin non plus d’un homme qui inverse nos rôles, parce qu’après tout j’étais la « fille avec trop de couilles pour une fille » et je valais bien mieux.

Une marocaine en 2013

Soyez le premier à laisser un commentaire

Current month ye@r day *