Editor’s letter : Grow and learn

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Elle m’a regardé avec ses petits yeux de biche , le regard calme et suppliant , son amie venait de faire un nouveau caprice … elle a l’habitude de gérer ses caprices, mais là il y’avait moi au milieu et elle savait ma très faible tolérance aux caprices d’adultes … et elle était là, piégée comme un petit lapin, entre satisfaire le caprice de sa meilleure amie, ou gérer la déception potentielle de sa grande sœur….

Ma petite sœur a 10 ans de moins que moi, et au fil des années nous avons développé une relation faite de grandes leçons , des leçons qu’on a appris naturellement , l’une  a été « l’institutrice » de l’autre à des moments de nos vies, et nos moments de vie justement vont dans le sens d’une énergie positive très formatrice …. à son jeune âge elle fait ses propres erreurs, mais a aussi ses propres grandes réussites qui me donnent l’exemple et me poussent souvent vers ce coin bénis de ma tête que je ne visite pas souvent, qui est la « réflexion »

et la chance que j’ai avec une sœur qui a 10 ans de moins que moi, c’est que je peux m’imaginer facilement 10 ans en arrière , vivre à travers elle mes propres histoires d’amour ou d’amitié , et les analyser avec mon cœur et mon cerveau d’aujourd’hui , et ça , croyez moi c’est un exercice des plus enrichissant … on n’est plus dans le feu de l’action de cette rupture amicale ou sentimentale, on n’est même plus vraiment la même personne qui a vécu tout ça , du coup on peut revoir toutes ces histoires d’un regard un peu plus détaché , et en tirer enfin les bonnes leçons …

Donc sa relation « toxique » avec son amie me replongeait dans mes propres histoires toxiques… je savais que ce n’était pas une relation qui était amené à durer parce qu’elle avait tous des signes d’une amitié toxique .. signes que je ne connaissais que trop bien…. j’ai cru de mon devoir de transmettre ses signes à ma soeur , parce qu’à quoi ça sert d’avoir vécu tout ça si ce n’est à le passer aux générations futurs ?

J’ai donc parlé et rien n’a vraiment changé , elle m’a écouté , gentiment, poliment , et a continué à passer une grande partie de son temps à essayer de consoler une amie inconsolable , et à gérer les caprices d’une grande fille , parce qu’elle a décidé ( comme moi, 10 ans avant elle) que c’était de son devoir d’aider son amie…et puis un jour , ce qui devait arriver arriva .. la relation se dégrada , et petit à petit les ponts ont été coupés … suite à un voyage à deux …

Ma sœur a pris ses distances, au fond je savais que ça l’attristait mais elle était résignée et en accord avec elle-même, ce qui à cet âge-là , n’est pas chose évidente pour tout le monde …

Et l’observation de cette histoire m’a appris deux nouvelles belles grandes leçons de vie .

La première leçon c’est qu’on a beau essayé d’expliquer le résultat de nos propres erreurs à d’autres pour les aider à éviter de commettre les mêmes, tu ne peux vraiment apprendre d’une histoire que si tu l’as vécu … l’expérience ne se fait pas en lisant des  livres, en regardant des films , ou en ecoutant les conseils qu’on nous prodiguent, l’expérience , la vraie se construit de nos propres histoires et de nos propres échecs

La deuxiéme leçon, c’est que ce n’est pas parce qu’il faut vivre ses propres expériences, que les “anciens” ne doivent pas partager leurs histoires . c’est important qu’on parle de ce que nous avons vécu , et ce que nous avons appris , pas pour éviter aux plus jeunes , ou juste aux “autres” de vivre les mêmes peines, mais pour leur donner les billes, pour que le jour où ça leur arrive ils puissent “comprendre”, se dire qu’ils ne sont pas seuls et surtout pour qu’ils sachent comment on fait pour continuer à vivre .

Du coup, pour toi ma petite Hajar, voici ce que la vie m’a appris sur les gens et l’amitié , et sache que ce que je sais aujourd’hui n’est pas l’ultime vérité , mais c’est MA vérité, tu te forgeras la tienne au fil du temps , et si les gens ne la partagent pas, peu importe , l’essentiel c’est qu’elle soit ancrée dans ton Cœur…

La première chose, c’est que tous les gens qui entrent dans nos vies ne sont pas là pour y rester jusqu’à ce que la mort nous sépare! Il y’a une catégorie de gens qui reste , qui nous suit de notre naissance jusqu’à notre mort ou la leur … il y’a des amitiés qui commencent à la garderie et qui durent jusqu’à l’automne d’une vie … mais il s’agit ici d’exceptions et non de la règle ..

Plusieurs personnes entrent dans nos vies pour nous apprendre quelque chose , ou pour qu’on leur apprenne quelque chose, et puis ils sortent, et on essaie de les retenir, parce qu’ils sont sympa voyons, parce qu’on a passé de bons moments ensemble, parce qu’on rigole bien… ou tout simplement parce qu’on les aime … mais ils ont accompli leur mission dans notre vie et ça ne sert à rien de s’acharner à vouloir les retenir ..

J’ai connu un monsieur dans un restaurant russe de New York, il est pakistanais installé aux Etats Unis depuis plus de 20 ans, on a passé une soirée à parler de 20h à 8H du matin, de dieu, de spiritualité , de famille, de la mort , de la vie …..il s’appelle Moon et sa conversation a fait beaucoup de bien à mon Cœur, d’ailleurs rien que d’écrire ses mots , mon cœur se remplit d’amour à nouveau… Moon n’a pas de Facebook ni aucun moyen de communication moderne à part son numéro de téléphone …j’ai quitté Moon ne sachant pas quand je lui parlerai à nouveau , il a marqué ma vie à jamais, son souvenir restera pour toujours, mais sa présence n’est pas nécessaire … il a fait du bien à mon cœur un jour où j’en avais besoin, je l’ai aidé à trouver un chemin de paix vers sa spiritualité , on a chacun serré la main et le cœur de l’autre et on a continué nos vies… je n’ai pas cherché à garder un contact constant, et la vie est bien comme ça ….. savoir laisser entrer les bonnes ondes , les prendre, s’en nourrir, les partager , et les laisser partir ….

Il y’a aussi des gens qui vont arriver parce qu’ils ont matériellement besoin de toi , besoin que tu prêtes de l’argent, besoin que tu fournisses des documents, besoin de dormir sur ton canapé …. Cette catégorie de gens a fait partie de ma vie les 5 premières années que j’ai vécu en France, c’est ce que j’appelle les amitiés  d’intérêts, et qu’on ne fasse pas dans les mélodrames, ces gens m’ont utilisé pour un service / de l’argent/ un canapé … et je les ai utilisé pour me sentir bien parce que quand on aide on s’attend à la reconnaissance et on se sent pousser des ailes de super héro … et du coup plus on donne plus ils réclament, je me souviens d’un mec, qui ne me contactait que pour avoir une attestation d’hébergement, ou pour que je me constitue garant pour son appartement, ou pour que je recommande pour un stage ou que je lui trouve une alternance… et j’ai fait tout ça pour lui… et quand il n’a plus eu besoin de moi, le contact s’est coupé… même pas un message pour le nouvel an , ni pour mon anniversaire, et vu qu’il avait son propre canapé il n’avait plus besoin de passer prendre le café avec moi… pour cette catégorie de personnes , il faut “trouver” ce qui te conviens à toi dans cette histoire, es-tu prête à aider sans t’attendre à un merci? Ou est-ce que la gratitude est importante pour toi ? pour ma part si c’était à refaire je l’aurais aidé , la seule chose que j’aurais changé c’est ma perception de notre relation, je l’aurais aidé parce que je peux aider et non parce que c’est un bon ami, ce genre de constat évite les déceptions sur le long terme , lui il aurait continué à être lui-même , et moi je ne me serai pas senti attristée parce que le jour de mon départ de l’entreprise dans laquelle je l’ai recruté je n’ai même pas eu droit à un mot de merci…. , donc soit tu donnes sans t’attendre à un retour en sachant que ce n’est pas un ami mais un profiteur, soit c’est trop te demander et dans ce cas tu coupes vite et tôt ….

Il y’a des amitiés qui sont des amitiés de ”proximité”, on est potes parce qu’on est voisins, parce qu’on est collègues et qu’on partage le même bureau , parce qu’on passe le clair de notre temps ensemble … celles-ci je les appelle les “fausses” amitiés , on a passé nos journées au travail ensemble donc allons boire un verre ensemble , et viens chez moi , et au fil du temps youpi on est best friends … crois-moi ça ne dure pas , et je dis ça alors qu’une de mes meilleures amie a été d’abord une collègue, mais pour être amis et collègues il faut un niveau de maturité important que tous n’ont pas ! surtout si ton amie est quelqu’un que tu manages, comment tu veux qu’il ou elle comprenne que la veille vous avez picolé jusqu’à 4h du matin et qu’à 9h30 tu le recadre parce qu’il a fait une erreur au travail? Les frontières entre perso et pro deviennent flous et compliquent les relations.. j’ai eu une collègue\ amie, qui le jour où je lui ai dit que j’allais avoir une augmentation a eu une migraine atroce et a dû rentrer en urgence chez elle … le lendemain elle me confiait avoir très mal dormi… on n’avait pas la même expérience, et elle venait de commencer un métier que j’étais en train de lui apprendre d’ailleurs, rien ne justifiait que mon augmentation la rende aussi malade … ce jour-là était le début de ma “conscience” sur la “vraie” relation que nous avions, nous étions collègues et non amies , et mon départ de l’entreprise la confirmait , il n’y avait plus de “proximité” donc plus d’amitié …

Il y’a aussi des amitiés , solides , belles, extraordinaires  … qui t’aurons donné tes plus beaux souvenirs , qui t’ont fait grandir , sourire, pleurer … des gens qui ont été pour toi dans les moments durs .. mais avec qui tu prendras toi-même tes distances .. petits à petit … pas parce qu’on t’aura déçu ou blessé … ça sera parce que tu auras changé… tu as changé , et cette amitié ne te fais plus autant de bien… et c’est dur , parce que tu t’éloignes d’une personne que tu aimes , pour qui tu as du respect .. une personne qui te connait , qui t’a tenu la main… et qui ne comprend pas ton attitude … une personne que cette distance blessera … et c’est dur à traverser pour l’un comme pour l’autre , pour l’avoir vécu , je suis toujours incapable de faire la paix totale avec cela , parce que la culpabilité prend le dessus , on repense à tout ce qu’on a vécu de bien avec cette personne , et on s’en veut de prendre nos distances, mais il faut rester lucides, et toujours garder en tête la raison pour laquelle on le fait .. dans mon cas j’avais une amie très proche , mais on a évolué différemment , elle est devenue de plus en plus dans le paraitre , et moi de moins en moins .. et je ne dis pas que je suis mieux qu’elle, à un moment donné nous étions exactement pareils, j’adorais me montrer, être celle qui gagne bien sa vie, qui raconte ses voyages partout, qui ne regarde pas à la dépense, qui pousse les portes des endroits VIP, qui achète le bon sac, le bon accessoire et qui se tague dans les endroits qu’il faut … mais j’ai changé … et pas elle … donc ce qui me plaisait , a commencé à me poser problème et elle ne pouvait le comprendre.. et je la comprends… donc avec le temps on s’éloigne et je sais que je veux la garder dans ma vie parce que c’est une personne foncièrement bonne, mais aujourd’hui nous ne sommes pas sur la même fréquence , et peut être que demain elle sera sur la mienne, ou que cela n’arrivera jamais, mais je sais que moi je serai toujours là pour elle quand elle aura besoin de moi, parce que je l’aime , c’est juste qu’elle ne me plait plus …

Je me rend compte que j’ai trop écrit , et qu’il me reste tant d’autres à écrire , mais je vais m’arrêter là, en te laissant sur un dernier exemple…

Celui des amis qui deviennent la famille , une famille qu’on se choisit , des amis qui ont vu le bon et le moins bon, qui nous disent nos vérités sans détour, qui nous préparent du riz quand on a une gastro, qui veille sur nous, et sur qui nous veillons … en général, ses amitiés évoluent toujours dans le même sens, et si un jour des océans nous séparent, ou si on passé des mois à ne pas se parler , on sait qu’on a une famille , ailleurs qu’on aime et sur qui on peut compter, parce que tes amis c’est surtout ce “village” que tu te crées , un village qui te soutient, qui te porte, qui te fait grandir .. donc le “peu” de gens qui constitueront ce village te suffiront , s’il y’en a 10 ou 2 , peu importe le chiffre, ce qui compte c’est qu’ils seront là pour une longue période de ta vie , que vous serez différents mais pas “contraire” , parce que c’est ça ce qui définit la sérénité d’une amitié …une amitié où on n’a pas à prétendre être quelqu’un d’autre pour plaire …

Et au final , ce que j’ai vraiment gardé de tout ça, c’est que pour qu’une relation soit bonne dans ma vie j’ai besoin de valider “juste” le type d’énergie que la personne apporte dans ma vie … et j’ai décidé d’ouvrir la porte à toute énergie bonne et de la fermer à double tour de clé à toute énergie négative .. mais ça c’est mon expérience, ma vérité , à toi de chercher ,  à toi de trouver la tienne…

Une marocaine maternelle

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