La saga de l’été : Commençons par la fin…

Crédit Photo: Mehdi Achek Daoudi

Crédit Photo: Mehdi Achek Daoudi

 

5h du matin à New York, on sort d’un restaurant, le groupe se dissipe, les garçons mettent les filles dans des taxis, on se prend dans les bras, on se dit bonne nuit, tout le monde rentre chez lui, et moi je reste avec lui

j’ai froid, et ma robe de fête ne fait plus l’affaire à 5h du matin, il me voit mettre mes bras autour de moi dans un essaie vain de me réchauffer, et pose sa veste sur moi …

On marche dans la ville , il y’a une lumière à New york qu’on retrouve nul part ailleurs… on marche, je sens la brise du matin sur mon visage, je vois la ville, pour la première fois calme, un calme qui va durer moins d’une heure probablement, mais je le savoure… on marche… je lève les yeux vers le ciel et je vois le sommet de Chrysler building changer de couleur sous la lumière du jour , je ferme les yeux un instant, comme pour retenir ce moment , au fond de moi pour toujours

Il parle, me parle, me raconte notre soirée, me refait la nuit, réfléchit et parle en même temps , pas de filtre, dit ce qui lui passe par la tête,ce qu’il pense vraiment, ce qui est beau avec un homme bourré c’est que le filtre saute, ce qui est beau avec lui c’est de voir que sobre ou pas il est toujours lui même, qu’il ne me dit rien « bourré » qu’il ne me dira pas « sobre » …

je l’écoute ,j’écoute cette histoire de cette nuit que j’ai vécue , mais j’entend sa vision, comment lui l’a vu …il me parle d’elle, il me dit que jamais une femme n’a été plus belle à ses yeux …. il me parle de moi et me dit que jamais il n’aurai cru qu’il trouverai dans un petit appartement parisien , chez une petite marocaine la paix de la maison de sa grand mère, il me dit que je devrai venir vivre ici, à côté , ne serait ce que pour des jours comme ça… où on marcherait …et on regarderait les grattes ciel changer de couleur sous la lumière du jour …

Je lui souris …. parce qu’il a raison, parce que je sais …

Il me dit que la revoir ce soir a fermé un cercle dans sa vie … que ce cercle ne se serait jamais fermé si on ne s’était pas rencontré … il me dit qu’il avait besoin que ça se ferme .. mais que sans moi il ne l’aurait jamais compris …

il s’arrête, et comme s’il venait de le réaliser me dit : Ta présence ici, ce laps de temps, cette semaine, cette nuit… ta présence ici m’a rendu plus heureux… d’une manière que je ne saurai expliquer …

Je me blottis dans la veste, je lui dis : merci de m’avoir laissé entrer … 

Il me regarde de ce regard qui veut dire, je ne comprends pas ..

Je me remets à marcher , et je dis; merci de m’avoir laissé entrer, toi qui ne laisse personne entrer ….

Il me sourit… de ce sourire qui veut dire je ne t’ai pas laissé entrer …tu t’es construit une porte toute seule, quand tu as trouvé les autres fermées …

Je lui souris de ce sourire qui veut dire , oh que Oui je me la suis construite …

Le feu piétons clignote rouge, il m’arrête , je regarde la horde de taxi se faire la course… le répit de la ville n’a duré que quelques minutes… il parle… je regarde les cafés du west side sortir leurs terrasses, il parle …. je regarde les fleurs du dali du coin s’ouvrir à la lumière du soleil… 

le feu passe au vert , on traverse … il parle …. j’aime le son de sa voix, cet anglais parfait, cette voix grave, ça rend cette balade parfaite , je me sens « infinite » , remplie de ce bonheur qu’on ne peut définir , aucun événement majeur n’est intervenu ce soir là, ni ce matin là, j’étais juste une fille, au lever du jour, qui marchait avec son ami , sous la lumière du jour de la « ville pomme »… et étais infinité …

Il parle, je regarde mes pas, je compte mes pas… non que je ne l’écoute pas, non que sa conversation ne m’intéresse pas ,mais je suis là, dans un espace temps que je sais ne durera pas , je capte donc chaque détail, chaque respiration chaque mouvement, chaque mot, chaque brise de ce matin…

Il s’arrête , et me dit: Ne vois tu donc pas? 

Oui je voyais, mais je ne voyais pas tout …

Non je ne voyais pas tout mais ce n’était plus un problème

On marche au petit matin dans New york et je suis « Infinit » … c’est tout ce que je veux voir ….

On marche, l’un à côté de l’autre , sans se toucher …

Il est heureux 

L’homme renfermé que j’ai retrouvé il y’a deux semaines n’est plus là

Il est heureux 

toujours perdu

mais heureux

et c’est grâce à moi

ça c’est quelque chose que je vois …. et ce matin là, cette seule certitude me suffit ..

depuis un an, on cherche l’un comme l’autre la raison pour laquelle le destin nous a réuni … dans nos longues nuits blanches à parler dans les bars de New york et sur les quais de la seine de Paris, nous n’avons jamais trouvé la réponse ..

Nous sommes passé en quelques mois de, deux parfaits inconnus rencontré dans un restaurant du Meatpacking, à deux êtres liés par une force incomprise, inexpliquée , démesurée, partageant une balade nocturne sur l’ile saint louis et refaisant le monde…

Moi je ne cherchais plus à comprendre pourquoi dieu a mis cet homme sur mon chemin, cet homme qui habite outre atlantique, qui ne parle pas ma langue, qui n’a jamais visité paris avant de me rencontrer … je ne cherchais plus à savoir pourquoi quand je n’avais aucune chance ni raison de le croiser, il est apparu …

Lui , il cherchait … et ce soir il a trouvé…

Il a compris que si j’étais apparue …. c’est pour que Elle, puisse revenir dans sa vie ….

On arrive devant chez lui … il me demande si je ne veux pas monter 

je monte toujours chez lui en fin de soirée, on boit du thé, on se met des vieux Woody Allen et on finit raide morts sur son canapé ..

aujourd’hui j’ai dit non..

il me regarde avec surprise , et pour la première fois insiste .. pour la première fois me dit; es tu sûre? je pourrai remettre « Manhattan »! 

je le regarde, je souris , et je dis non mon lit me manque 

il m’arrête un taxi..

je suis sur la banquette arrière, et sans raison je souris … 

je regarde par ma fenêtre les new yorkese matinales qui marchaient tapis de yoga sous le bras

La voix grave de mon chauffeur de taxi me réveille de ma rêverie 

- Vous ressemblez à une princesse arabe ! 

je lui souris …

- Vous êtes arabe? 

- Oui je le suis 

 

Il hésite et puis me dit : et vous êtes princesse ?

 

Je lui souris , et je réponds : Oui je le suis …

 

Et ce matin là, dans ce taxi new yorker , j’ai eu ma certitude… celle que j’étais enfin une princesse … 

Comment je suis arrivée à sentir ma couronne? Ça c’est une autre histoire 

 

Une marocaine narratrice 

1 Comment

  • Répondre mai 26, 2014

    Assmaa

    Un couronnement digne d’une princesse.. tu as un vrai don pour narrer leila, vraiment magnifique !

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