Au pays de Coluche…

coluche

Je l’ai croisé il y’a quelque mois à l’arrêt de bus à côté de mon travail…c’était les premières vagues de froid sur Paris. Elle était assise, enroulée dans un plaid sale, ces pieds étaient bleus par le froid, et elle fixait  le vide devant elle…

 

J’ai eu cet instant d’hésitation qu’on a à chaque fois qu’on veut aller vers quelqu’un qui en a besoin , on a peur de sa réaction, on a peur de se faire rejeter, on a peur de blesser, de mettre mal à l’aise, d’offenser…. On hésite , et on finit souvent par reculer , parce que c’est plus facile de faire semblant de ne rien voir…

 

Ce jour là, j’ai pris mon courage en main, et je lui ai demandé si je pouvais lui offrir à manger, elle a continué à fixer le vide devant elle, et elle m’a fait non de la tête…

 

Je n’ai pas insisté, je sentais le regard des autres sur moi…je suis donc parti les rejoindre, et je me suis placée entre ceux qui la regarde l’air de lui reprocher de gâcher leur fin journée par sa simple présence, et ceux qui font semblant de ne pas l’avoir vu…

 

Au fil des semaines, moi aussi j’ai cessé de la voir, elle est devenue une simple image de fond dans mes journées, même l’odeur qu’elle dégage ne me touchait plus… elle est devenue transparente…

 

Je jugeais que j’avais rempli ma part du contrat en lui proposant un bout de pain qu’elle a refusé, j’ai jugé que si elle est dans cet état c’est qu’elle l’a peut être choisi, comme si on pouvait choisir d’avoir faim…comme si on pouvait choisir de mourir de froid…comme si on pouvait choisir d’avoir pour domicile un arrêt de bus…et de regarder les gens rentrer tous les soirs chez eux, alors que nous on est déjà chez nous sur ce banc…

 

La vanité humaine est parfois horrifiante….

 

Hier, en rentrant chez moi, quelqu’un m’a tapoté l’épaule, je me suis retournée, elle était derrière moi…c’est fou ce qu’elle a maigri depuis la dernière fois que je l’ai remarqué.. ces yeux sont d’un noir profond, son visage marqué par le froid, par la fatigue, par la faim….

 

Elle s’est forcée d’un sourire gêné, et a dit : «ça tient toujours votre proposition de sandwich ?»

 

Et là, j’avais envie de la prendre dans mes bras, de lui dire que je suis désolée , désolée d’avoir cessé de la voir ! désolée d’avoir choisi de l’ignorer, désolée de l’avoir jugée… parce que ELLE, elle s’est souvenue de moi… et j’ai compris que c’est sa fierté qui l’a empêché d’accepter ma proposition, et qu’aujourd’hui elle fait le plus grand sacrifice de sa vie de rue, elle met sa fierté sur les bancs du bus

 

La misère ne me fait pas peur, de là où je viens, on compte plus de pauvres que de riches, les gens habitent encore dans des bibonvilles, tout le monde n’a pas de quoi s’offrir de la viande.. mais personne ne meurt de faim, parce qu’il y’a au moins un voisin qui peut filer du pain, un peu de menthe et des graines de thé..

 

La misère ne me fait pas peur, ce qui me fait peur c’est l’indifférence, ce qui me fait peur c’est que des gens meurent encore de faim et de froid dans le pays de coluche et de l’abbé pierre…

 

Une marocaine triste…

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