A nos sources !

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Mehdi est un grand homme de « tradition «  (oui j’ai décidé d’utiliser les prénoms des gens de ma vie , au lieu de faire référence  chaque fois à « mon meilleur pote »,ma sœur , etc etc , vu que vous les connaissez , il est temps qu’on se tutoie voyez vous !)

Donc je disais que Mehdi était un grand homme de tradition, le genre de monsieur de chez nous qui tient énormément à son petit mel7oun les jours de fêtes religieuses, qui est outré du mélange mssemen la vache qui rit, qui même à l’autre bout du monde trouve le moyen de porter le haut de son jabador le premier jour de ramadan, vous voyez le genre ?

Le genre de mec qui transpire la pure tradition marocaine , le jour où je lui est annoncé pour mon mariage pas de neguaffa, pas de 15 kaftan , son visage était plus pale que celui de ma mère( le jour où je lui ai dit qu’à 22 ans non je ne comptais pas me marier avec le fils Bennouna même si oui il est doctour !) , m’a jeté ce regard noir , et m’a sorti de cette voix bien grave : « Leila, se sont NOS traditions, si nous ne les respectons pas qui le fera ???? Et puis l3emaria c’est le nouveau Daft Punk ; « Old mais déchire tout » ! Penses-y ! »

L’année dernière il avait tenu à passer 3 jours du ramadan avec moi à Paris, et le premier soir en rentrant du boulot ça sentait bon la coriandre , et ça sonnait fort lmelhoun , j’ai dis : C’est quoi cette chanson ?

Il a levé les yeux de sa casserole et a crié : MON dieu ! parfois je me demande pourquoi tu es ma pote, je ne sais pas moi, et parfois je me dis que dieu m’a envoyé dans ta vie pour t’éclairer, te montrer le chemin, donner de la lumière à ta vie assombrie par Nancy Ajram et Melissa

-          Tu veux dire Elissa chéri …

-          Whatever ! cette chanson n’est rien d’autre que le plus beau poème d’amour jamais écrit par un homme pour une femme, c’est un hymne à la beauté , à l’amour passionnel, fort et brulant … où as-tu passé ton enfance ma petite ? A Berchid ?

-          Hmmm , oui …

-          Ah oui, c’est vrai, donc ton histoire personnelle est assez triste comme ça n’y ajoutant rien … écoute moi Leghzal fatma, et dis moi si notre langue n’est pas belle hein ? on nous reproche de pas être des romantiques, et bien cette chanson c’est la claque aux grosses joues de toute personne qui oserai dire que l’homme marocain n’est pas un romantique , et que la femme marocaine n’est pas vénérée en amour !

J’avais faim, j’ai dis, oui …. Il a continué à m’expliquer … je me suis endormie sur le son de leghzal fatma et l’odeur de coriandre…

Hier en rentrant chez moi sur mon velib j’ai repensé à cette discussion, et j’ai mis Leghzal Fatma…

Cette chanson fait une description minutieuse du physique d’une belle femme nommée Fatma…C’est surtout une très belle histoire d´amour à sens unique, car les paroles racontent en darija, l’histoire d’un homme qui aime dans le plus grand secret Fatma. Ce dernier décrit toute la souffrance liée à cet amour, difficile mais  surtout sa servitude et la beauté de Fatma.

C’est un poème, qui ne respecte aucunement les règles et structures des poèmes tels qu’on les connait … c’est une narration de 18 minutes, une belle narration de 18 minutes …

J’écoutais et je réécoutais ce son, et je me rappelais que les seuls occasions pendant lesquelles j’écoutais  cette musique c’était sur 2M avant l’appel à la prière et les matins de fêtes… et lmelhoun a toujours eu ce côté « snobinard » , pas une musique du peuple, mais une musique d’élites… et c’est peut être pour ça qu’à un moment c’est devenu « ringard » de l’écouter ,  se prouver qu’on est un enfant du peuple c’est écouter Daoudi et snober Ettoulali …. Alors que l’un comme l’autre constituent cette richesse d’un pays comme le notre … c’est par cette extrême différence, des mots utilisés, des structures des poèmes du melhoun Vs ceux d’une hajja Lhemdaouia qui font que nous avons une énorme force de frappe musicale ! Et si j’ajoute à cela des grands de la chanson amazigh comme feu Rouicha …. J’en frissonne ….

Mehdi avait raison, mais nous avons plus que les traditions à porter avec nous, nous avons une culture, riche, forte de sa différence, colorée, parfois folle, parfois sage, mais souvent … très souvent délaissée par nos propres préjugés…

Quand mes parents habitaient Meknès, et que mon père nous emmenait en week end à Ifran il mettait en boucle « Ines Ines » de Rouicha, il n’en comprenait pas un mot, mais s’acharnait à fredonner , et quand je lui ai demandé pourquoi on devait écouter une chanson qu’on ne comprenait pas , il avait répondu : tu n’es pas obligé de comprendre les mots pour comprendre la chanson, juste écoute la voix de ce monsieur , sens le rythme des instruments … bois la voix des femmes … quand tu arrêteras de chercher le sens aux mots, tu sentiras la force de cette musique ! » …

Et dieu sait que j’ai senti la force de la chanson …..Tout compte fait parce que la musique, comme la vie, ça prend toute sa force quand on arrête de vouloir la comprendre, et qu’on laisse nos instincts nous guider…

Une marocaine enrichie !

 

1 Comment

  • Répondre février 25, 2014

    Hind

    Tes articles sont magiques!
    Merci

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